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Briefés sur les risques de l’épidémie, Richard Burr et Kelly Loeffler ont vendu des millions de dollars d’actions avant la chute des marchés, tout en tenant publiquement des propos rassurants. Les appels à leur démission se multiplient.

L’affaire fait grand bruit aux États-Unis et tombe au plus mal pour la classe politique américaine, accusée d’avoir sous-estimé l’ampleur des conséquences de l’épidémie du nouveau coronavirus. En effet, des élus, bien informés, auraient pris discrètement leurs dispositions pour tirer profit de cette crise planétaire. Et alors que l’Amérique se prépare à un choc économique violent, certains auraient déjà mis leurs économies de côté…

Tout commence le 24 janvier 2020. Pour les Américains, le coronavirus est encore une menace lointaine et peu précise. Ce « virus chinois », comme l’appelle Donald Trump, ne touche à ce moment-là… qu’une seule personne sur le territoire américain, dans la région de Seattle. L’économie est florissante, et le pays se passionne surtout pour les primaires démocrates.

À Wall Street, le Dow Jones va de record en record et personne ne remarque une vente, même importante, au milieu du flot des transactions. La richissime sénatrice républicaine Kelly Loeffler, qui possède un vaste portefeuille d’actions, liquide bon nombre de celles-ci et empoche du même coup plusieurs millions de dollars.

Rien d’illégal, jusque-là. Sauf que Mme Loeffler était le jour même à une réunion avec les plus éminents spécialistes du pays en matière de santé publique. Elle s’est même fendue d’un tweet à la sortie du briefing : « Merci pour le compte rendu concernant l’apparition du nouveau coronavirus. Ces hommes et femmes travaillent jour et nuit pour garder notre pays en sécurité et en bonne santé. »

Est-on ici devant un délit d’initié ? La sénatrice a-t-elle été prévenue des conséquences économiques potentiellement désastreuses de l’épidémie avant de décider de liquider une partie de ses actions ? Aussitôt l’affaire révélée au grand public, la presse américaine s’en empare et les tabloïds dénoncent ceux qui, comme lors de chaque crise majeure, trouvent le moyen d’en tirer profit. Circonstance aggravante pour Kelly Loeffler, son mari n’est autre que Jeffrey C. Sprecher, le directeur de la Bourse de New York…

« C’est une attaque aussi basse que ridicule », se défend la sénatrice. « Je ne prends pas de décision d’investissement pour mon portefeuille d’actions, des conseillers s’en chargent, sans que ni moi ni mon mari n’en soyons tenus informés. » Reste que la coïncidence est troublante. Surtout qu’un autre sénateur est lui aussi suspecté des mêmes faits.

Richard M. Burr est un sénateur républicain au Congrès, représentant la Caroline du Nord. Le 7 février 202, il est invité sur la chaîne Fox News et déclare : « Les États-Unis sont mieux préparés que jamais à affronter les nouvelles menaces sanitaires, comme le coronavirus. » Il sait de quoi il parle, l’élu est également président de la commission du Sénat sur le Renseignement.

Or, quelques jours plus tard, lui et sa femme vendent pour 1,7 million de dollars d’actions, notamment dans certains des secteurs qui seront les plus touchés par la crise à venir : l’hôtellerie et la restauration. Là encore, il est soupçonné d’avoir fait fructifier ses affaires personnelles grâce à des informations confidentielles glanées dans le cadre de son travail d’élu. Lui assure qu’il a pris sa décision après avoir regardé des émissions de la chaîne économique CNBC…

Sauf que NPR, le grand media public américain, a obtenu un enregistrement audio du sénateur, qui remonte à plusieurs semaines. On l’entend s’adresser à un groupe d’hommes d’affaires et leur indiquer que le coronavirus est « bien plus agressif que tout ce qu’on a connu dans l’histoire récente ». « C’est probablement plus similaire à la pandémie de 1918 [la grippe espagnole, NDLR] », insiste-t-il.

La commission d’éthique saisie

Au Sénat, le comité d’éthique s’est saisi de ces affaires après que des élus des deux bords ont crié au scandale. Les sénateurs américains ont le droit de posséder, d’acheter et de vendre des actions, mais une loi datant de 2012 leur interdit de gérer leur portefeuille à l’aide d’informations confidentielles. Donald Trump n’a pas encore officiellement réagi à l’affaire, se contentant de rappeler que les deux sénateurs assurent n’avoir rien fait de mal.

La procédure lancée au Sénat s’annonce longue et incertaine. D’ici là, les États-Unis auront subi de plein fouet la tempête coronavirus. Vendredi 20 mars, la Bourse américaine avait chuté de 30 % par rapport à la mi-février. Ce qu’on appelait le « Trump bump » – la bosse Trump, les gains faramineux engendrés depuis l’arrivée de celui-ci à la Maison-Blanche – s’est envolé. Bien heureux – ou informés – ceux qui ont vendu au plus haut…

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