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Les tensions ne cessent de s’accroitre entre les Etats-Unis et le président contesté du Venezuela, Nicolás Maduro. La tête de ce dernier, ainsi que celle de son entourage politique, sont désormais mises à prix.

L’heure n’a jamais été aux embrassades entre les Etats-Unis et le Venezuela. Déjà à l’époque d’Hugo Chávez – à la tête du pouvoir pendant 14 ans, jusqu’à sa mort – le pays d’Amérique Centrale ne manquait pas d’émettre des critiques à l’égard des Etasuniens, notamment en matière de politique étrangère. L’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro en 2013, aussi proche de Cuba et de la Russie que son prédécesseur, n’a nullement amélioré les choses. Pour faire simple, l’une des premières choses que fit le nouveau président vénézuélien fut d’expulser deux fonctionnaires de l’ambassade des Etats-Unis.

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Les relations entre ces deux pays ont connu un premier tournant en janvier 2019. À la suite d’élections jugées truquées par les observateurs internationaux, le président de l’Assemblée Nationale Juan Guaidó s’est déclaré président par intérim, en attendant de nouvelles élections. Soutenu par l’Union Européenne, les Etats-Unis et la majorité de ses voisins (hormis Cuba, notamment), Juan Guaidó a déclenché une violente contestation populaire, entraînant une hyperinflation.

Le pays est aujourd’hui dans l’instabilité, financière comme politique. Le président de l’Assemblée Nationale n’est pas parvenu à recevoir le soutien de l’Armée, qui permet à Nicolás Maduro de perdurer au pouvoir.

rt france
Nicolas Maduro a instauré un confinement au Venezuela, pour lutter contre la propagation du Coronavirus [Crédits : RT France]

Le président vénézuélien poursuivi pour narcotrafic

Le deuxième tournant intervient le 26 mars. Les Etats-Unis, par le biais du département de la justice, annoncent des poursuites à l’encontre de Nicolás Maduro. L’actuel président du Venezuela est accusé d’être impliqué dans un trafic de drogues à grande échelle. Plusieurs pays seraient concernés, dont la Colombie, le Mexique et le Honduras. La drogue devrait transiter par ces derniers, avant d’arriver dans le pays d’Amérique du Nord. C’est ce qu’explique le procureur général des Etats-Unis, William Barr, affirmant que le chef d’Etat vénézuélien tout comme des militaires de haut rang en sont complices.

C’est également ce que pense Geoffrey Berman, un procureur de New-York qui cité par le Monde rajoute que ce trafic se fait depuis une vingtaine d’années, en partenariat avec les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC). Si cette organisation terroriste n’est plus active depuis 2016, elle prône depuis sa création en 1964 les valeurs bolivariennes d’Hugo Chávez. Suffisant pour en faire une ennemie des Etats-Unis, et aggravant de facto les accusations à l’égard de Nicolás Maduro.

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Les Etats-Unis prennent l’affaire à cœur. Dans son discours, Geoffrey Berman ajoute que le trafic de Nicolás Maduro avait pour but « de nuire au bien-être et à la santé de la Nation ». Mais ce qui semble montrer l’importance de ces poursuites pour la justice américaine, c’est avant tout la prime qui est proposée par cette dernière. Sur l’affiche présentée par la DEA – l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue – est écrit que la somme de 15 millions de dollars sera offerte à toute personne détenant des « informations conduisant à l’arrestation ou à la condamnation de Nicolás Maduro Moros ».

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Donald Trump semble déterminé à mettre fin au régime Chaviste de Maduro [Crédits : Politico]

Cette somme peut sembler faible quand on la compare à celle proposée pour la tête du Djihadiste Oussama Ben Laden – qui était affichée à 25 millions, avant de doubler en 2007 – mais montre cependant les moyens que sont prêts à mettre les Etats-Unis.

Des poursuites avant le déploiement de l’Armée

Mais se reposer sur l’attrait produit par ces 15 millions de dollars n’est pas prévu par le gouvernement de Donald Trump. Ce 1er avril, alors qu’il s’exprimait comme chaque jour sur la pandémie mondiale de Coronavirus, le locataire de la Maison Blanche a annoncé le lancement d’une nouvelle opération militaire. Le commandement Sud de l’armée américaine reçoit ainsi le renfort de nombreux navires de guerre et avions de surveillance.

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L’objectif affiché de ce déploiement est de lutter contre le trafic de drogue dans la région, qui finit généralement sur le marché étasunien. Donald Trump l’a martelé lors de son discours, il souhaite « protéger le peuple américain du fléau mortel des drogues illégales », selon la traduction du Monde.

Dans un contexte où les militaires étasuniens sont particulièrement exposés au Coronavirus – plusieurs marins de l’USS Theodore, un porte-avion nucléaire, sont évacués – cette décision n’a pas manqué de surprendre. Malgré tout, le chef d’état-major l’affirme, « ce n’est pas le bon moment pour essayer de pénétrer aux Etats-Unis ». L’objectif est donc de limiter le trafic de drogue depuis l’Amérique Centrale, mais Mark Esper, le ministre de la Défense va plus loin.

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Nicolás Maduro bénéficie toujours du soutien de l’Armée [Crédits : Le Progrès]

Il confirme ce que les médias avaient déjà compris, cette opération doit fragiliser le pouvoir de Nicolás Maduro au Venezuela. « Des acteurs corrompus comme le régime illégitime de Maduro au Venezuela dépendent du trafic de drogue pour maintenir leur régime oppressif au pouvoir » a confirmé Mark Esper, faisant écho aux poursuites annoncées quelques jours plus tôt à l’encontre du Vénézuélien.

Un président à la tête d’un Cartel ?

L’organisation derrière ce trafic serait le Cartel de los Soles (Cartel des Soleils, ndlr). Créé en 1993, il s’organise entre le Venezuela et la Colombie – anciennement par l’intermédiaire des FARC – pour faire transiter la drogue jusqu’aux Etats-Unis, où elle doit être vendue. Le Cartel de Los Soles n’est pas entré récemment dans le viseur de la DEA. Dès les années 1990, deux généraux vénézuéliens ont été poursuivis par la justice américaine pour leurs activités criminelles, en lien avec ce Cartel.

Le nom de ce dernier ne vient d’ailleurs pas d’une croyance précoloniale selon laquelle il y avait plusieurs soleils. Comme l’explique Courrier International, il rend hommage au soleil présent sur les insignes portés par les hauts-gradés de l’Armée vénézuélienne.

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Il semblerait ainsi que l’entourage proche du gouvernement d’Hugo Chávez, puis de Nicolás Maduro, aient toujours été au sommet du Cartel de los Soles. Diosdado Cabello, membre de l’Assemblée constituante et proche de l’actuel président, en serait l’un des chefs. C’est ce qu’avance la justice américaine, offrant la somme de 10 millions de dollars pour son arrestation.

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Nicolás Maduro et Diosdado Cabello à l’Assemblée [Crédits : El Pais]

Mais certains vont plus loin, affirmant que cette organisation est dirigée par Nicolás Maduro en personne. C’est notamment le cas du procureur new-yorkais Geoffrey Berman. Qui que soit son chef, il ne fait aucun doute pour le département de la justice américaine que le gouvernement du Venezuela soit en lien étroit avec ce Cartel.

Un président par intérim accusé de tentative de meurtre

Déjà à la veille de la prime offerte par les Etats-Unis, toute la classe politique vénézuélienne est décriée. Nicolás Maduro comme Juan Guaidó sont poursuivis par la justice pour des faits relevant des crimes. Si le premier est accusé de trafic de drogue par les Etats-Unis, le second est convoqué par le parquet pour répondre d’une accusation de tentative de magnicide – c’est-à-dire d’assassinat du président.

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En effet, le 25 mars est découvert en Colombie un stock d’armes – comprenant fusils d’assaut, silencieux et lunettes de vision nocturne – destiné selon Nicolás Maduro à être introduit au Venezuela. Les services de communication du pays affirmaient alors que « des groupes d’assaut étaient chargés de l’assassinat du président » et de ses proches politiques. Peu après cette découverte, un ancien général vénézuélien nommé Cliver Alcala, a publié sur les réseaux sociaux une vidéo où il affirme que ces armes sont à lui, et qu’il avait été missionné par Juan Guaidó pour préparer des attentats contre le pouvoir vénézuélien.

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Juan Guaidó risque de perdre en popularité après ces événements [Crédits : Le Progrès]

Les autorités du Venezuela affirment que les Etats-Unis soutenaient cette tentative de coup d’Etat de Juan Guaidó. Il est cependant intéressant de constater que Cliver Alcala se trouve dans la liste des Vénézuéliens pour lesquels les Américains sont prêts, depuis le 26 mars, à verser plusieurs millions de dollars en échange de leurs arrestations. Le lendemain, et sûrement par peur d’être pourchassé, Cliver Alcala s’est rendu aux autorités américaines présentes en Colombie.

Une situation politique toujours aussi incertaine

La veille du lancement de leur opération militaire en Amérique Centrale, les Etats-Unis ont appelé Juan Guaidó tout comme Nicolás Maduro a renoncé à l’exécutif du pays. Ils appellent les deux hommes, qui se disputent le pouvoir depuis plus d’un an, a favorisé une période de transition. Cette dernière devrait donner lieu à un gouvernement provisoire – composé des proches des deux hommes – qui aura pour but d’organiser des « élections libres et justes » selon les mots du secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo.

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L’affiche de prime pour le président vénézuélien [Crédits : Le Figaro]

Juan Guaidó, visiblement fatigué de ces querelles, a accepté la proposition américaine. De son côté, Nicolás Maduro l’a immédiateté rejetée, mettant de l’huile sur le feu d’une situation politique des plus floues.

Jérémy
@Euskarade

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