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Jair Bolsonaro a effectué, le 7 mars 2020, son quatrième déplacement aux États-Unis en un peu plus d’un an. Mettant en application, avec enthousiasme et conviction, une diplomatie dont il ignore tout. Celle de « l’étoile Polaire », inventée, il y a un siècle, par un président colombien.

La province de Panama venait d’échapper à la Colombie qui s’était refusée à abandonner sa souveraineté, en cédant une partie de son territoire aux États-Unis qui souhaitaient construire un canal transocéanique. Jair Bolsonaro a depuis toujours considéré que le Brésil devait effectivement regarder vers le Nord, en direction de l’étoile Polaire. Non par nécessité, comme pour son lointain prédécesseur colombien., mais par conviction quasi religieuse.

La victoire présidentielle, en 2016, de Donald Trump a renforcé sa volonté d’aligner le Brésil sur le méridien des États-Unis. Paradoxalement, il a accepté une forme de vassalité par nationalisme. Comme Donald Trump, il a pris des distances avec le multilatéralisme. Il a refusé d’organiser la COP25 au Brésil comme cela avait été prévu. Il a quitté les organisations interaméricaines, créées à l’initiative de ses prédécesseurs brésiliens, l’Union des nations d’Amérique du Sud (UNASUL) et la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC).

Par empathie pour les États-Unis, il a autorisé la cession de l’avionneur brésilien Embraer à Boeing. Il a également ouvert la base spatiale d’Alcantara, proche de l’équateur, aux États-Unis, en leur accordant, avec l’Accord de sauvegarde technologique (AST), entré en vigueur le 16 décembre 2019, des droits empiétant sur la souveraineté brésilienne. Il a, par la suite, réactivé, à la veille de son déplacement en Floride, le 6 mars 2020, les activités, en sommeil depuis 2015, de la commission mixte de coopération scientifique et technologique. Puis, il a déplacé, à Jérusalem, le bureau commercial de l’ambassade du Brésil. Il soutient toutes les initiatives diplomatiques et militaires des États-Unis au Proche-Orient, en Afghanistan et en Iran. Et en Amérique latine, il s’est associé aux politiques d’isolement et de sanctions, mutualisées à la demande des États-Unis dans le Groupe de Lima afin d’acculer le régime vénézuélien de Nicolas Maduro. Enfin, il a refusé, en 2019, de condamner, aux Nations unies, le blocus unilatéral imposé à Cuba par les États-Unis.

Les contacts ultérieurs de Jair Bolsonaro avec les élus républicains de Floride, Marco Rubio, représentant du secteur le plus radicalisé de l’opposition au régime cubain et le sénateur Rick Scott, climatosceptique, sa visite au Commandement militaire sud des États-Unis, accompagné de plusieurs généraux brésiliens, ont confirmé le profil d’un déplacement ancré dans les croyances bolsonaristes.

Donald Trump connaît les penchants et la faiblesse à son égard de son « homologue » brésilien. Il a donc répondu favorablement à sa demande d’entretien. En allant, semble-t-il, au-delà, puisqu’il l’a invité à déjeuner dans l’un de ses complexes hôteliers de Palm Beach, Mar-a-lago. Jair Bolsonaro n’a donc pas été reçu à la Maison-Blanche, ais dans une résidence privée, propriété d’un président en campagne pour sa réélection., dans un lieu électoralement stratégique et disputé, la Floride., où résident des milliers d’électeurs d’origine cubaine, anti-castristes, mais aussi 200 à 300 000 brésiliens.  Donald Trump en bon joueur de poker a bluffé son « ami ».

Bon prince, il a confirmé des gestes sans conséquence dommageables pour l’économie des États-Unis. Les questions commerciales, selon le communiqué, publié le 8 mars à l’issue de l’entretien, sont renvoyées aux calendes grecques à de « futures négociations […] visant à intensifier la coopération économique ». Donald Trump, toujours d’après le communiqué, a reconnu le caractère de modèle démocratique pour l’hémisphère occidental, c’est-à-dire de l’Amérique latine dans la terminologie nord-américaine, de la démocratie brésilienne, à quelques jours d’un appel du président Bolsonaro à manifester dans la rue contre son parlement. Le Brésil, toujours selon le communiqué officiel, est coresponsable de « la restauration de la démocratie au Venezuela », en appuyant Juan Guaidó, président intérimaire, et la tenue « d’élections libres et justes » en Bolivie. Washington soutiendra la candidature du Brésil comme membre de l’OCDE. Le Brésil est désormais un allié privilégié, hors OTAN, des États-Unis[1].

Au-delà, sur les sujets sonnant et trébuchant, notamment les exportations brésiliennes en direction des États-Unis, il n’y a rien de concret dans le communiqué conjoint. Pourtant les Brésiliens sont inquiets. Donald Trump a annoncé, en décembre 2019, des taxes sur l’acier brésilien exporté aux États-Unis. Le Brésil n’est plus considéré comme un pays doté du label OMC dérogatoire en matière de commerce. Tout ça au moment où la crise du coronavirus affecte les volumes et la valeur des exportations brésiliennes de matières premières et de pétrole.

La fragmentation des soutiens intérieurs de Jair Bolsonaro a pesé sur les décisions. Les secteurs exportateurs l’ont empêché de tirer plusieurs balles dans le pied du Brésil. Les Etats-Unis, Donald Trump attendaient davantage sur bien des dossiers. Aller encore plus loin en direction d’Israël, s’éloigner de la Chine, voire de l’Argentine, revenait à assécher trois des principaux marchés extérieurs du Brésil, le monde arabe, la Chine, l’Argentine.

Ultime pied de nez de deux présidents climatosceptiques, le communiqué commun se termine sur l’engagement, à l’horizon 2050, de « planter trois millions d’arbres » pour « combattre la dégradation » (dégradation non précisée).

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[1] Depuis le 1er août 2019 (en anglais MNNA, Major Non-NATO Ally)