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L’annonce de l’envoi par la Chine à l’Italie de matériel pour lutter contre l’épidémie permet aux populistes européens d’écorner la construction communautaire. Le saut de production opéré par la seconde puissance mondiale illustre également la faiblesse des politiques industrielles continentales.

Et les démagogues de se frotter les mains. Qu’importe que la déclaration du ministre des Affaires étrangères italien, et numéro deux du Mouvement 5 étoiles (M5S), Luigi Di Maio, constitue un énième revirement quant à sa position européenne. Après l’annonce par la Chine de l’envoi à l’Italie de 100000 masques de protection de haute technologie, 2 millions de masques médicaux ordinaires, 1000 appareils d’assistance respiratoire, 20000 combinaisons de protection et 50000 tampons pour effectuer des diagnostics ainsi que neuf médecins et techniciens, Luigi Di Maio a promis : « Nous saurons nous souvenir des pays qui nous ont été proches », ajoutant que le gouvernement italien s’était engagé à acheter en grande quantité à la Chine des appareils d’assistance respiratoire pour les services de thérapies intensives.

En pleine crise du coronavirus, cet avertissement à l’Union européenne, dont la santé ne fait pourtant pas partie des compétences, apparaît comme une nouvelle entaille à la construction communautaire. En signifiant que l’Europe est une nouvelle fois incapable de répondre aux appels à la solidarité de l’un de ses membres, le ministre des Affaires étrangères italien ravive le psychodrame qui s’était joué il y a un an à la faveur de l’adhésion de son pays à l’initiative de la ceinture et de la route (BRI), dite des nouvelles routes de la soie, qui apparaît aux yeux des Européens comme une projection de puissance menaçant la souveraineté des États traversés notamment par l’acquisition de ports, comme c’est le cas de celui du Pirée en Grèce. Problème, l’UE, empêtrée dans ses divisions face aux réponses à apporter à la crise migratoire ou au Brexit, est dans l’incapacité de parler d’une seule voix face à la Chine. Sa faiblesse institutionnelle fait le reste.

Accélération des exportations et reconversion des lignes de production

La Chine l’a bien compris et en profite pour s’inviter sur le continent. Elle joue également des traces laissées par les plans d’austérité successifs et des velléités de s’affranchir de la domination allemande au risque de développer d’autres formes de dépendances économiques et politiques. C’est de nouveau le cas avec l’épidémie de coronavirus. La deuxième puissance mondiale a largement accéléré le rythme de production de masques. 116 millions d’unités sortent de ses usines quotidiennement contre 20 millions avant l’apparition du virus, soit déjà la moitié de la production mondiale. Elle prévoit aussi d’accélérer leur exportation, ce qui aurait pour effet de créer une nouvelle dépendance à l’égard de la seconde puissance mondiale, comme l’a déjà illustré la mise à l’arrêt de la production dans les secteurs automobile, électronique et textile dont les conséquences se sont fait sentir dans le monde entier.

La situation met également au jour la faiblesse des politiques industrielles européennes. Si les fabricants du continent ont pour certains doublé voire quadruplé la production de protections individuelles, ils comptent par ailleurs sur la machine chinoise pour éviter les pénuries. Pour accélérer la production de masques, Pékin a accordé subventions, baisses d’impôts et prêts à taux zéro afin d’aider 2500 entreprises de l’électronique – dont le géant Foxconn, qui assemble les iPhone –, du textile et de l’automobile à modifier leurs lignes de production. À Fujian, une usine de couches pour bébé employant 100 personnes a ainsi ajouté deux lignes de production et est désormais en capacité de fabriquer 200000 masques sanitaires par jour. Un saut productif rendu possible par le modèle économique chinois planifié liant entreprises d’État et un réseau de production dense capable de s’adapter rapidement.

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