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Alors que les Etats-Unis ont dépassé les 80 000 cas officiellement déclarés de coronavirus, le pays connaît une autre augmentation brutale, celle de la vente d’armes à feu.

Lorsque les Français se plaignent des files d’attente devant les hypermarchés, aux Etats-Unis, ce sont celles devant les gun-shops qui agacent. Depuis fin février, ce n’est ni le riz ni les pâtes qui menacent de manquer outre-Atlantique, mais bien les armes à feu et leurs munitions. « Nous rencontrons une demande sans précédent » est inscrit sur la page d’accueil du site Ammunation Depot, spécialisé dans la vente d’armes et de matériel de survie.

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Le marché favorisé par le 2ème amendement de la Constitution étasunienne – qui autorise chaque citoyen à être armé – est considérablement boosté par l’épidémie de coronavirus. À l’image de LustucruBarilla et autres fabricants européens de pâtes, les ateliers de Delta Team Tactical tournent « à plein régime ». C’est ce qu’explique Jordan McCormick, le directeur du marketing, à l’AFP, affirmant également comprendre le comportement de ces nouveaux acheteurs.

De nouveaux consommateurs

Le terme « première fois » revient lors de chaque interview d’un fabriquant ou d’un vendeur d’armes. Les acheteurs qui se précipitent sur Internet ou devant les gun-shops y viennent généralement pour la première fois. Cela concerne du moins les acquéreurs d’armes à feu, car les munitions subissent un accroissement encore plus important de leur demande. Ceux qui ne sont pas armés veulent l’être, ceux qui le sont déjà veulent consolider leur équipement – d’où les menaces de rupture de stock autour des munitions.

Gérante d’un magasin d’armes dans l’Etat de Washington, Tiffany Teasdale explique à l’AFP que ses réserves fondent comme neige au soleil. Elle qui vendait entre 20 et 25 armes quotidiennement « durant les beaux jours », affirme en vendre aujourd’hui jusqu’à 150. « Pour la première fois, j’ai vu des gens faire la queue devant mon magasin, et parfois jusqu’à une heure avant l’ouverture » s’exclame-t-elle, visiblement toujours aussi étonnée. David Stone, vendeur d’armes dans l’Oklahoma, fait le même constat. Egalement interrogé par l’AFP, il a vu ses ventes augmenter « d’environ 800% » et s’inquiète en voyant ses stocks se vider rapidement.

Ces nouveaux consommateurs entrent parfois dans un gun-shop sans même se renseigner. « Ils sont prêts à prendre n’importe quoi, tant que c’est une arme à feu » s’étonne David Stone. Cette soudaine augmentation n’a pas été anticipée par la police fédérale – plus connue sous le nom de FBI –, qui peine à vérifier les antécédents de ces novices en quête de protection.

Ces vérifications sont obligatoires pour l’achat d’une arme, et leur nombre a considérablement augmenté depuis fin février. Le site Newsweek illustre cela à l’aide de la journée du 16 mars, durant laquelle les vérifications ont augmenté de 300% par rapport à la même date en 2019.

Une peur des pillages et de l’inaction policière

On en vient logiquement à se demander ce qui pousse habitués et novices des armes à feu à se ruer devant les gun-shops. La réponse se trouve évidemment dans la pandémie de coronavirus que connaissent les Etats-Unis et le reste du monde. Dans une enquête de USA Today, la notion de protection de la famille revient le plus souvent.

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En fonction des magasins, les clients respectent les distances de sécurité [Crédits : The Philadelphia Inquirer]

Les acheteurs craignent de nombreuses choses, allant de la dispute pour un pack d’eau dans un supermarché, au pillage de leur domicile. Le site étasunien prend l’exemple de Ralph Charrette, homme de 71 ans qui a dépensé plus de 1 500 dollars d’armes et de munitions. Comme tant d’autres, il craint que sa maison soit cambriolée et souhaite « protéger sa famille ». « Beaucoup de gens ont peur que quelqu’un pénètre chez eux, pour voler de l’argent, leur papier-toilette, leur eau en bouteille ou leur nourriture » explique Tiffany Teasdale, justifiant ainsi la queue devant son magasin d’armes.

Si une partie de ces acheteurs semble craindre de potentielles émeutes pendant l’épidémie, d’autres s’inquiètent des services censés assurer leur protection en temps normal. Les médias ont relayé des notes internes à certains services de police, affirmant par exemple que les forces de l’ordre ne doivent plus intervenir pour des délits mineurs. C’est par exemple le cas dans l’Ohio, où les autorités veulent éviter que les policiers soient contaminés.

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Certains acheteurs justifient ainsi leur comportement par la crainte d’avoir à se défendre soi-même. Peut-être est-ce exagéré, mais les Étasuniens sont nombreux à imaginer un retour à l’époque des Westerns, où la sécurité de chaque individu ne pouvait passer que par le ‘self-defense’ (le fait de se défendre soi-même, ndlr). C’est d’ailleurs dans cette période du 18e siècle qu’a été signé le 2e amendement de la Constitution américaine, qui autorise les citoyens à porter des armes, pour de fait se protéger.

Critique de certaines politiques

Pour gagner de la place, qui pourrait être utilisée pour l’accueil des infectés, plusieurs Etats ont opté pour la libération de plusieurs centaines de détenus. L’objectif est également de limiter les risques de contagion au sein des prisons américaines. Ces mesures ont ainsi été prises dans l’Ohio, dans le Texas mais aussi en Californie.

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Le fusilt AR-15 semble être le plus demandé [Crédits : BFM TV]

Les libérations ne concernent évidemment pas les meurtriers, mais seulement ceux condamnés pour « des infractions sans violence » – selon les propos du Monde. Ces informations ont rapidement été entendues par les citoyens américains, qui y ont vu une nouvelle justification de leur ruée sur les armes. « Je ne veux prendre aucun risque » explique Angel Colon à ABC News, après avoir acheté un fusil semi-automatique.

En Californie, le gouverneur Gavin Newsom a opté pour un confinement de son Etat. Les commerces jugés « non essentiels » sont désormais fermés. C’est le cas des gun-shops, qui ont dû fermer boutique du jour au lendemain. Une décision politique qui n’a pas été comprise de tous, à l’image de Mike Addis, cité par le Monde. Propriétaire d’un magasin d’armes à moins de 50 kilomètres à l’Est de San Francisco, il a pendant un temps refusé de fermer ses portes.

Une décision qui a ravi les habitants du comté d’Alameda, faisant la queue devant sa boutique, où seules six personnes pouvaient se trouver simultanément à l’intérieur. Malgré la prise de mesures sanitaires, son affront n’a pas été du goût du procureur, qui a fait fermer de force le commerce.

Une crainte quant à l’impossibilité de s’armer

La question est de savoir ce qui est réellement essentiel à la vie d’une population. Pour Mike Addis comme pour de nombreux Américains, la vente d’armes est une activité essentielle. Interrogé par les médias californiens, il prône fièrement le 2e amendement, demandant par la même occasion pour quelle raison les commerces californiens de cannabis restent-ils ouverts.

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Cette foule annonce-t-elle un orage aux Etats-Unis ? [Crédits : LA-Times]

La ruée sur les armes s’explique également par la menace du confinement dans certains Etats. À l’image de la Californie, une telle mesure impliquerait immédiatement la fermeture des gun-shops. Un risque que ne pouvaient pas prendre de nombreux citoyens, toujours par peur d’une émeute ou de pillages de leur habitation.

Cette crainte permet aux commerces en ligne de prospérer, c’est par exemple le cas d’ammo.com, qui profite d’une hausse de 68% de ses ventes depuis la mi-février. Dans un communiqué, le directeur du marketing du site, Alex Horsman, explique que ces augmentations interviennent « lorsque les gens pensent que leurs droits peuvent finir par être violés ».

Si les partisans des armes à feu, telle que la National Rifle Association (NRA), se réjouissent de ces chiffres, c’est également le cas à la Maison Blanche. Donald Trump Jr a défendu sur Twitter ces achats d’armes à feu, affirmant que « Vous n’en avez pas besoin, jusqu’à ce que vous en ayez besoin ».

Jérémy
@Euskarade

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