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Chaque jour et chaque heure, la pandémie s’infiltre partout après avoir traversé la Chine, l’Iran, une partie de l’Europe. Elle est maintenant ici, en Amérique du Nord. En Afrique, en Asie du Sud, en Amérique centrale et du Sud, la situation, en apparence, n’a pas atteint les mêmes niveaux. Mais est-ce une illusion ? En Tunisie, un pays qui a, relativement parlant, une infrastructure de santé meilleure que dans bien d’autres pays maghrébins et africains, une infime proportion de la population a été testée, quelques centaines tout au plus (au Québec, on fait maintenant 5000 tests par jour !). C’est évidemment pire dans plusieurs pays où les services sanitaires sont minimaux, comme au Burkina Faso, au Burundi, en République démocratique du Congo.

Une autre problématique est reliée aux conditions de vie qui prévalent dans les régions les plus pauvres. Dans les favelas (bidonvilles au Brésil), des millions de personnes vivent entassées les unes sur les autres. Ailleurs dans cette immense « planète des bidonvilles » (où on trouve plus d’un milliard de personnes), les logements sont insalubres. L’accès à l’eau et à l’électricité est au mieux intermittent.

À Gaza, la population est enfermée par l’armée israélienne pendant que l’aide parvient au compte-gouttes. Un peu partout, la couverture médicale est minimale. Dire aux gens qu’ils doivent retourner chez eux entassés et sans espace et attendre que la pandémie se calme est totalement irréaliste. Il importe de souligner le cas de populations encore plus vulnérables, comme les millions de réfugiés (notamment les Syriens en Turquie et au Liban et les Rohingyas au Bangladesh), sans compter le nombre encore plus grand de personnes déplacées par les conflits, en République démocratique du Congo, au Burundi, au Soudan, au Venezuela et ailleurs.

Des réponses pas à la hauteur

Québec et Ottawa viennent d’annoncer un train de mesures qui auront des effets à court terme ici. Parallèlement, la ministre du Développement international, Karina Gould, a annoncé une modeste contribution de 50 millions de dollars à l’Organisation mondiale de la santé, qui cherche à constituer un fonds d’urgence de 1 milliard. Des fonds seront mis également de côté pour les ONG canadiennes travaillant dans les camps de réfugiés. Étant donné l’ampleur de la pandémie dans le monde, c’est un pas en avant, mais cela n’est pas suffisant.

Seulement en Afrique du Sud, on craint énormément l’impact du virus dans les immenses bidonvilles. Plus encore, la mise au chômage technique de millions de personnes risque d’être une catastrophe de trop dans un pays où plus de 40 % de la population est sans emploi et sans revenus. Il faut agir très rapidement si on ne veut pas observer une dislocation de la société, qui pourrait faire encore plus mal que l’impact du VIH-sida qui avait causé 350 000 morts dans ce pays dans les années 1990. Également, il faut penser à la période qui s’en vient, une fois la pandémie jugulée. En ce qui concerne l’Afrique du Sud, les revenus tirés de ses exportations proviennent de ressources naturelles qui sont venues à la Chine et à d’autres pays avec des moyens. Comme il est prévu que le commerce mondial va subir une très importante contraction, il est prévisible que des pays exportateurs soient rudement pénalisés.

Alors que faire ?

Dans le passé, le Canada a pris des initiatives spéciales devant des défis de grande envergure. En 2011 par exemple, on avait mené une campagne auprès des partenaires du G7 pour un programme mondial coordonné concernant la santé maternelle et infantile (l’« initiative de Muskoka »). Ottawa avait consacré plus de 500 millions à ce programme. Il nous semble que la crise actuelle exige une action concertée de grande envergure. À court terme en tout cas, cela pourrait aider plusieurs pays qui manquent d’équipements de base, comme les ventilateurs, les masques et les gants. On a aussi besoin de personnel médical. Le fait que des pays comme Cuba et la Chine, qui n’ont pas les mêmes ressources que le Canada, déploient plusieurs centaines de médecins et d’infirmières un peu partout dans le monde pourrait nous inspirer.

Un autre secteur où il est possible d’intervenir, c’est en aidant les pays le plus démunis à mettre en place des systèmes d’information d’urgence pour informer les gens. Cela peut être aussi simple que de financer la mise en place de centres d’information communautaires.

Tout cela aiderait beaucoup, même si, parallèlement, il faut penser à la façon de soutenir des économies qui sont en train de s’effondrer. Une mesure immédiate et relativement facile à réaliser serait la suspension des paiements de la dette extérieure, qui grève terriblement les budgets dévolus à la santé dans plusieurs pays africains et latino-américains.

Face à la pandémie et à ses effets à court, moyen et long terme, on pourra faire face si, et seulement si, on décide d’utiliser les grands moyens. Le Canada et les autres pays donateurs devront s’engager de manière sérieuse et urgente, en se montrant capables de flexibilité, en permettant aux acteurs sur le terrain d’avoir accès à de l’aide sans de grandes complications bureaucratiques. Il en va de nos engagements éthiques, mais aussi de nos intérêts. Dans l’univers mondialisé dans lequel on vit, on va s’en sortir, comme nous le répète François Legault, mais on va le faire tout le monde ensemble !

*Les auteurs signent ce texte à titre personnel.

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