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Alors que le nombre de cas infectés par le Covid-19 ne cesse d’augmenter, le système de santé des pays dit « riches » est au bord de l’asphyxie. La vague épidémique continue de se propager et touche, chaque jour, un peu plus les pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Moyen-Orient, dont les systèmes de santé sont beaucoup plus fragiles. Dans ce contexte, les pays ferment leurs frontières, réquisitionnent les produits de santé et tentent de s’approprier le potentiel fruit de la recherche en cours. De quelles options/opportunités peuvent se saisir les pays et leurs acteurs de santé publique, pour réduire l’asymétrie des réponses qui se mettent en place ?

L’élan de solidarité, qui se joue au sein de nos frontières, est mis à mal en dehors de celles-ci. Face à la peur, les solidarités se délitent, des comportements de protection se mettent en place. Très rapidement, au début de la crise, individus comme États ont délibérément stocké et bloqué l’exportation de produits de santé, entraînant des ruptures de stock et des hausses de prix considérables sur les produits de santé. Le manque de préparation des pays a fait jouer l’offre et la demande, laissant aux premiers et aux plus offrants la possibilité de se fournir.

Preuve en est, l’Union européenne autorise, dès le 4 mars, la mise en place des mesures de réquisition, alors que d’autres pays interdisent l’exportation de produits pharmaceutiques et médicaux vers des pays tiers, privant ainsi les équipes médicales et les populations vulnérables. Nous le savons, sans équipements et sans produits de santé, le personnel médical ne pourra bientôt plus venir en aide à ces patients dans des conditions décentes. Et ce n’est pas tout, alors que la recherche bat son plein pour trouver vaccins et traitements qui permettraient de traiter les patients, les pays riches se lancent, là aussi, dans des négociations, en vue de sécuriser les premiers lots de production, voire les productions existantes comme c’est le cas pour l’Hydroxychloroquine, laissant les pays les moins forts politiquement et économiquement à leur sort, et les patients sans accès aux traitements.

En l’espace de trois semaines, l’élan de solidarité internationale – et Européenne – a changé de camp. En Europe et aux États unis, la logique « country first » est à l’œuvre, alors que la Chine, Cuba et la Russie envoient personnel de santé et matériel, en Europe comme en Afrique. Autre conséquence, le leadership international en santé de pays comme l’Angleterre et les États unis est mis à mal par la légèreté et le manque de compétence affichés par les dirigeants de ces pays dans la gestion de la crise. L’ordre international est sans aucun doute en train de se redessiner sous nos yeux.

Alors que la vague atteint maintenant l’Amérique latine et le continent africain que reste-t-il ? Comment ces pays, dont les systèmes de santé sont fragiles, vont-ils pouvoir répondre à la crise ?

Face à cette situation inédite de « pénurie », liée à l’accaparement des ressources, la fermeture des frontières et à la concentration des sources d’approvisionnement, des réponses, elles aussi inédites, se mettent en place autour de la mobilisation communautaire, solidarité de voisinage, partage de savoir-faire, et enfin, innovations locales. Elles méritent d’être suivies et soutenues, et pourraient, à terme, nous inspirer pour renforcer l’autonomie et la résilience sanitaire des pays. S’engager globalement et soutenir localement sont les deux niveaux sur lesquels les organisations multilatérales devraient se positionner.

Coordination globale, soutien aux innovations locales

Équipement médical : En France comme ailleurs, de petites unités de production de masques, de gels hydroalcooliques ont vu le jour pour combler le manque criant de disponibilité de ces produits, essentiels pour limiter la transmission du virus. Idem pour la fabrication de visières de protection en impression 3D pour protéger le personnel de santé. Un mouvement important de chercheurs, de scientifiques, met à disposition, en accès libre, les formules et les plans, pour multiplier les sites de production de ventilateurs, pièces pour le matériel d’assistance respiratoire, et répondre ainsi à la demande au plus près des besoins.


Diagnostics : La mise à disposition rapide de test de diagnostic est considérée comme une des manières les plus efficaces pour contenir la propagation du virus. Ainsi, dans l’urgence, l’Afrique du Sud a, par exemple, décidé de mobiliser ses chercheurs et outils de production pour fournir rapidement des réactifs pour les tests de diagnostic. Au Brésil les Institutions de recherche publique ont très vite développé un test de diagnostic pour le pays, grâce au partage par les chercheurs chinois du génome du virus. Au Sénégal, l’Institut Pasteur avec Diatropix espère produire un test de diagnostic rapide très abordable et qui sera vendu à prix coutant. Au Burkina Faso, un ingénieur développe actuellement un outil d’auto-diagnostic pour servir sa communauté.

Traitements : Alors que plusieurs pays recommandent déjà l’utilisation de certains traitements, sans avoir à ce jour d’évidence claire sur leur efficacité, des essais cliniques sont en cours pour vérifier si, et dans quelles conditions, ces produits ont un effet bénéfique pour les patients atteints du Covid-19 (voire en prophylaxie). Si un traitement s’avère efficace, la question centrale qui va se poser sera de savoir comment assurer une production à l’échelle des besoins mondiaux au plus vite et qui y aura accès, à quel prix et dans quel délai. Pour répondre à ces enjeux d’accès et de prix, un mécanisme de coordination globale doit non seulement libérer les barrières à la propriété intellectuelle et soutenir un effort de production dans les pays et régions, qui en ont la capacité, mais aussi assurer un accès équitable à ces médicaments, en particulier pour les plus vulnérables. Pour atteindre cet objectif, un mécanisme de gouvernance globale doit se constituer et se saisir de cette question.

Dans le cas contraire, les pays disposent d’un recours légal leur permettant de passer outre les barrières de propriété intellectuelle, pour produire et s’approvisionner. Le Chili, l’Équateur l’Allemagne ont déjà pris des mesures nationales pour appliquer les flexibilités de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), les pays africains pourraient s’inspirer de ces démarches.

Vaccins : Depuis la crise d’Ebola, sous la houlette de l’Organisation mondiale de la santé, des mécanismes de collaboration publique-privée, dans l’intérêt de santé publique, ont vu le jour. L’Initiative CEPI, créée en 2017 lors du Forum mondial de Davos, est une coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies. Dès le début de l’épidémie de Coronavirus, d’importants investissements privés et publics en recherche et développement (R&D) pour les vaccins ont été alloués, mais aucun vaccin contre le Coronavirus ne sera disponible avant au moins une année. Comme pour les traitements, une mise à disposition équitable et juste, à un prix abordable et aux plus vulnérables en priorité, est une question à laquelle nous devons collectivement répondre maintenant, avant que les négociations ne soient totalement finalisées.

La pandémie, une opportunité pour repenser la gouvernance mondiale en santé ?

Depuis de nombreuses années, les pays subissent le dictat de stratégies d’optimisation et de gestion des questions de santé sur la base – presque exclusive – de critères financiers. La logique de « marché global » domine les investissements en recherche, mais aussi la production et distribution de produits pharmaceutiques et des mécanismes d’aide. Ainsi, seules les multinationales – principalement des pays riches – sont en capacité de répondre à cette échelle et de bénéficier de subventions internationales, même si elles produisent des outils chers et pas toujours adaptés aux contextes sanitaires des pays, ni aux besoins des populations.

La crise actuelle nous amène à repenser la gouvernance globale en créant un nouveau contrat social, permettant de décider collectivement des priorités, des investissements publics à effectuer et de faire de la recherche publique un bien commun accessible à tous. Ce contrat ne devrait pas être dominé par les pays donateurs ou dans l’objectif de monopoliser la recherche ou encore d’aligner des profits pour leurs industries, mais par des objectifs de santé publique. Les pays dont les systèmes de santé sont les plus fragiles doivent faire entendre leurs voix dans ce débat.

Source IRIS