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Le modèle de tracking taïwanais est-il un modèle à suivre de tracking démocratique ? Est-il adaptable à la France ?

La question du « traçage » (en français) informatique correspond à un problème conjoncturel. Comment lutter avec efficacité contre la propagation du virus, et surtout enrayer une seconde vague de pandémie ? Taïwan, on le sait, a tranché en proposant à ses concitoyens un système d’ »auto-surveillance participative ». Formule un peu jargonneuse qui nous renvoie cependant à une réalité: le traçage a été mutuellement consenti par la population; chacun téléchargeant son application. Celle-ci n’a donc pas été imposée par le haut. Les individus ont donc été responsabilisés. Cela explique le succès de Taïwan à avoir très tôt enrayé la pandémie. Beaucoup sur l’île disent aussi que cette pandémie a été enrayée parce que Taïwan ne faisait pas partie de l’OMS. Fondamentalement, ce problème nous renvoie à un débat qu’avait provoqué l’historien des idées Isaiah Berlin en pleine guerre froide, savoir la distinction entre liberté positive et liberté négative. Cette distinction est plus que jamais d’actualité et elle oppose en Occident deux familles politiques. La première proche de l’idée de Droit désigne la possibilité de faire quelque chose en termes de réalisation de soi vis-à-vis des autres. La seconde, prône quant à elle une absence d’entraves. Voyez les scènes aux Etats-Unis de gens s’opposant au nom de la liberté individuelle aux contraintes du confinement.

Bref, il s’agit de trouver un juste milieu entre l’option toujours possible d’une négociation et à l’inverse, la réalisation d’une conception autoritaire de la liberté. Y sommes-nous prêts ? Cette crise est l’occasion de tester les ressorts de notre démocratie. Dans son essence la plus profonde, la démocratie est synonyme de conflits. Les dictatures, elles – et vous l’aurez remarqué – ont horreur des conflits. Elles ne savent pas les gérer autrement que par la répression, le silence et le mensonge. Voyez la Chine… Je suis plutôt rassuré de voir que notre pays saisit cette opportunité de la crise pour débattre, mettre le gouvernement devant ses responsabilités, lequel loin de vouloir rejeter le débat, explique, fait de la pédagogie en s’adaptant d’une manière assez souple à une pandémie mutante, et d’un genre totalement inédit.

Cela nous montre que notre démocratie est saine et solide. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles. Je pense qu’une majorité de Français peut l’entendre. Un sondage du 17 avril mené par Odoxa montre que les Français restent scindés sur la reconnaissance faciale (57 % pour; 47 % contre). En revanche, 79 % d’entre eux jugent que la France doit utiliser des caméras thermiques et 70 % considèrent que la France n’utilise pas suffisamment l’Intelligence Artificielle pour enrayer l’épidémie. Pourvu que ces mesures soient limitées dans le temps elles permettront aussi aux gens de reprendre le travail. Car le risque de notre situation est de faire prévaloir le tout sécuritaire alors que nous avons un impératif absolu de reprise économique.

Nos libertés individuelles et collectives seraient-elles épargnées par un système de tracking de type taïwanais ?

Taïwan est aidée par sa culture confucéenne. Je m’explique : nous entendons souvent par « culture confucéenne » la rigidité normative d’un cadre dictatorial comme l’imposerait la propagande chinoise. A tort, car il existe un confucianisme populaire, humaniste, qui loin de vouloir sacrifier l’individu dans un indistinct collectif met au contraire la personne au centre de ses responsabilités morales. Bref, Taïwan nous démontre – si l’on pouvait encore en douter – que confucianisme et démocratie sont compatibles. Taïwan est en cela remarquable et est un exemple pour le monde libre. Toutefois, je reste convaincu que nous avons nos propres ressources. Elles sont à la fois spirituelles, morales et impérieuses. Qu’est ce que j’entends par là ? Nous devons absolument nous remettre au travail au risque d’alourdir considérablement le fardeau de nos dettes et d’aggraver la montée du chômage. Nous pouvons le faire dans le respect de tous et des priorités que nous aurons choisies.