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Source : France Culture

De la Syrie à la Libye, en passant par la Tunisie, le Président turc Recep Tayyip Erdoğan pratique une politique de puissance en Méditerranée depuis 10 ans, tentant de renouer avec un Empire ottoman fantasmé. Que cache cette offensive stratégique, à la fois économique, idéologique et politique ?

Certaines régions de la planète ont connu des évolutions géopolitiques notables dans le sillage de la crise planétaire de Covid-19. En effet, des États ont su habilement profiter de la pandémie pour pousser leurs pions stratégiques. 

C’est le cas de la Turquie, en Méditerranée, qui organise des exercices militaires sur des zones de prospection d’hydrocarbures off-shore mais qui a aussi engendré une série d’accrochages diplomatiques avec la France – également membre de l’OTAN – autour de l’épineux dossier de la guerre en Libye et des alliances et inimitiés qui en découlent. Quel jeu joue la Turquie en Méditerranée centrale et orientale ?

Pour en parler, nous recevons Jenny Raflik, professeure d’Histoire contemporaine à l’Université de Nantes, spécialiste notamment de l’OTAN, Bayram Balci, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul et Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut des relations internationales de Clingendael aux Pays-Bas

La solitude de la France face à la Turquie au sein de l’OTAN

Seulement huit membres ont soutenu la France dans l’accrochage avec un navire militaire turc en Méditerranée. Dans le même temps, une série de coïncidences chronologiques laissent penser que la Turquie a été plutôt soutenue dans l’enquête confidentielle diligentée par l’alliance. Dans ce rapport de force, on peut comprendre la faiblesse de la position française au sein de l’OTAN au regard de ses déclarations fracassantes mais aussi par le rôle stratégique incontournable de la Turquie, au carrefour des problématiques contemporaines : Russie, Iran, Syrie. Ainsi, le pays abrite sur son territoire des installations militaires essentielles et possède la deuxième armée de l’alliance – derrière les États-Unis.                            
Jenny Raflik

“Pour rompre son isolement, la Turquie se montre agressive”

L’activisme belliqueux de la Turquie prend ses racines sur un mal-être et un sentiment de marginalisation dans ses relations avec les pays occidentaux notamment après l’échec humiliant de son adhésion à l’Union européenne. Aujourd’hui, le pays est difficile à gérer et c’est pourquoi les européens doivent trouver une issue diplomatique et conserver un dialogue constructif afin de parvenir à « récupérer la Turquie » dans le giron occidental. C’est dans l’intérêt des deux parties notamment sur le sujet de la migration.                            
Bayram Balci

La diplomatie européenne a besoin de trouver des moyens inédits pour faire face à cette nouvelle géopolitique de la provocation.                            
Jenny Raflik

La France a raison de percevoir la Turquie comme un adversaire pour ses intérêts nationaux notamment en Afrique. Toutefois, en Libye, la Turquie n’a pas le mauvais rôle. Elle a simplement saisi une opportunité pour réaliser un corridor rêvé entre le sud-ouest turc et le nord-est libyen après la défaillance des diplomaties occidentales. Par exemple, on peut regretter l’alliance française avec les Émirats arabes unis en dépit de leur violation manifeste de l’embargo sur les armes et leur rôle décisif dans le déclenchement des hostilités : c’est plutôt la France qui sera mal jugée par les livres d’Histoire.                
Jalel Harchaoui

À LIRE AUSSI ActualitésBatailles navales au large de la Libye

Pour aller plus loin :

Jalel Harchaoui. “Libye. Quand Haftar saccage des années de diplomatie”, Orient XXI, 26.04.2019.

Bayram Balci. “L’”eurasisme” fondement du rapprochement russo-turc”, Orient XXI, 20.06.2019.

Mohamed El Amine Meziane, Nicolas Klingelschmitt. “Comprendre la crise libyenne (2019-2020) : contexte diplomatique, enjeux sécuritaires et intérêts gaziers autour des accords turco-libyens“, Les Clés du Moyen-Orient, 10.07.2020.

Jana Jabbour. « Le retour de la Turquie en Méditerranée : la « profondeur stratégique » turque en Méditerranée pré- et post-printemps arabe », Cahiers de la Méditerranée, 89, 2014.

Didier Billion. « 25 ans de politique extérieure turque : la quête de sens stratégique », Confluences Méditerranée, vol.  100, no. 1, 2017.

Sylvie Kauffmann. « Qui a perdu la Turquie ? La question risque de se poser aux Européens », Le Monde, 08.07.2020.

L’OTAN en état de mort cérébrale ?, Le Dessous des cartes, Arte, 06.06.2020.