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Géopolitico-Scanner

Onde de choc : le Coronavirus dessine une nouvelle géopolitique mondiale pour le XXIème siècle

Donald Trump a annoncé mercredi qu’il suspendait “tous les voyages en provenance de l’Europe vers les Etats-Unis pour les 30 prochains jours”. Une décision prise unilatéralement par le Président américain sans consultation préalable des dirigeants européens.

Atlantico.fr : Le fait que Donald Trump ait pris cette décision unilatéralement ne marque-t-il pas un tournant dans les relations internationales ? Le coronavirus et la panique qu’il entraîne viennent entraver le dialogue bi-latéral ou multi-latéral, ceci pourrait-il avoir des conséquences à long terme sur les rapports entre Etats ? 

Barthélémy Courmont : Il s’agit en fait plus d’un retour en arrière que d’un tournant, la décision de Donald Trump s’inscrivant dans une logique stato-centrée et appliquée unilatéralement, sans aucune concertation avec les Etats concernés, en l’occurrence des alliés et amis de Washington. Le président américain l’a exprimée avec la brutalité qui le caractérise, mentionnant notamment l’Europe comme étant une “nouvelle Chine”, mais ce n’est pas un cas isolé. On observe depuis le début de cette crise une gestion prise en main par les autorités des pays affectés par le virus, mais sans véritable coopération internationale. On relève déjà cela dans le décompte des malades et des décès, qui se font par pays et territoires, comme s’il s’agissait d’une compétition dont l’objectif est de ne pas être en première position. Mais c’est encore plus perceptible dans les mesures adoptées par les pouvoirs publics. Fermetures de frontières, expatriés rapatriés dans des avions spécialement affrétés, modèles de gestion de crise très différents d’un Etat à l’autre, y-compris des voisins et partenaires (la gestion de la crise en France et en Italie semble, à en croire les propos du ministre français de la santé, très différente), compétition quant à savoir qui trouvera plus vite un médicament et un vaccin… Emmanuel Macron a insisté dans son intervention télévisée sur le rôle de l’Europe, mais la réalité est là: chaque Eta agit indépendamment des autres, et sur cet enjeu de sécurité mondiale, ce sont des mesures de protection nationales qui s’appliquent. D’ailleurs, Emmanuel Macron n’a pas hésité à appeler à une sorte de sursaut national, en évoquant les défis du passé face auxquels la France a su rester forte et unie.

Dans cette course aux mesures nationales, l’OMS semble de plus en plus effacée. Et sans doute faut-il s’en inquiéter, car les mesures de protection à échelle nationale ne se soucient que peu du sort des autres pays, sortes de “barbares” contenus aux frontières (l’appellation aurait pu être de Trump), ce qui signifie que l’on ne cherche pas tant à éradiquer le virus qu’à ne pas y être trop exposé. Il est nécessaire de renouer un contact au sein des institutions internationales, pas le G7 invoqué par Emmanuel Macron, mais l’OMS et l’ONU, où le monde entier est représenté. A pandémie mondiale, réponses mondiales. Les conséquences à long terme sont donc à trouver de ce côté-là. Quelle légitimité accorderons-nous aux institutions internationales si celles-ci n’ont pas autorité pour gérer des crises dans leur champ de compétences, et se voient devancées et ignorées par les Etats. Si le coronavirus “n’a pas de passeport”, comme l’a justement rappelé le président de la République, alors il faut que toutes les mesures nationales soient le résultat de concertations à l’international. La politique de la fermeture des frontières est la négation de ces concertations, et c’est le système-monde dans lequel nous vivons qui sort un peu plus fragilisé de cette crise.

Alors que la Corée, le Japon, Singapour… et même la Chine ont su contrôler rapidement l’épidémie, l’Europe semble totalement dépassée. L’Occident qui cherche bien souvent à se montrer comme moderne et capable de tout maîtriser, peut-il se trouver affaiblie par cette réalité ? Des pays tiers qui autrefois cherchait l’appui occidental pourrait-il désormais lui préferer l’Asie ?

Si on s’en tient aux chiffres officiels, on constate que le nombre de malades en Italie dépasse désormais ceux de Chine, où la crise est clairement surmontée et où le nombre de patients décroit rapidement. On observe également que la Corée du Sud est parvenue, à l’aide d’un système de tests à très grande échelle et de cloisonnements des lieux les plus sensibles, à ralentir la progression de la maladie. Taiwan, Hong Kong ou Singapour présentent un bilan exceptionnel, compte-tenu des liens très étroits de ces territoires avec la Chine. Le Japon fut décrié pour sa mauvaise gestion du Diamond Princess, et le gouvernement japonais a d’ailleurs présenté ses excuses. Mais l’épidémie n’a pas progressé de manière incontrôlée dans l’archipel.

Les pays européens, continent désormais le plus touché en nombre de malades (nous excluons ici les patients qui ont été soignés) souffre de son absence de repli stratégique, c’est-à-dire d’une géographie la mettant naturellement à l’abri, mais aussi de la libre circulation des biens et personnes, et d’un ancrage profond dans la mondialisation. Il n’est pas surprenant que l’Europe soit fortement touchée par le virus compte-tenu de ces éléments. Cependant, il ne pourrait s’agir que d’une phase, car si le foyer infectieux a quitté l’Asie pour rejoindre l’Europe, il continuera sans doute sa progression vers le continent américain, l’Afrique, le Moyen-Orient ou le sous-continent indien. Une pandémie mondiale ne connait pas de frontière, encore une fois. Cependant aussi, on note que les réactions des pays européens sont plus hésitantes que celles des pays asiatiques les plus touchés, comme la Chine et la Corée du Sud. cela tient à plusieurs facteurs, une organisation sociétale d’une part, fortement imprégnée de confucianisme d’un côté, et donc de respect de l’autorité, et attachée aux libertés individuelles de l’autre… Par exemple, le rassemblement de supporters de football en marge du matche PSG-Dortmund en dépit des recommandations du ministère de la santé n’auraient pas été envisageables en Asie orientale, qu’il s’agisse de pays démocratiques ou non. L’Europe a les moyens de réagir et faire face, et elle y parviendra. Mais de fait, quelles seront les conséquences de cette épidémie en terme d’image? Il faudra sans aucun doute revenir sur cette question une fois que le coronavirus aura été vaincu, poser les bonnes questions et ne pas occulter les réponses.

Quelles seront les conséquences de cette crise pour la Chine ? Le pays qui a su gérer la crise, en sort-il grandit sur la scène internationale ? En d’autres termes, dipose-t-il désormais d’une meilleure image ?

La Chine a été décriée dans les premières semaines de la crise, car elle semblait totalement dépassée. Les cas de la Corée du Sud, de l’Italie, de l’Iran ou même aujourd’hui de la France montrent que cette difficulté à s’adapter était compréhensible. Mais la Chine a surtout repris les choses en main rapidement, et avec succès. Il faut s’en réjouir, car Pékin montre la voie, et la relance de l’activité mondiale sera vite indispensable pour éviter une crise durable. Mais il convient cependant d’être conscient du gain en terme de prestige pour un pays qui est passé de la risée à l’admiration. Certes nous restons méfiants dans le monde occidental sur les conditions de cette reprise en main. Mais dans les sociétés en développement, qui craignent d’être à leur tour dépassées par le coronavirus, on regarde l’exemple chinois avec respect. Oui, la Chine sortira renforcée de cette crise, et le parti communiste chinois en est le principal vainqueur. Qu’on s’en réjouisse ou non.

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