Spread the love
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Source:franceculture.fr

Dans son rapport intitulé “États-Unis : le monde vous regarde”, Amnesty International revient sur la période chaotique qui a suivi la mort de George Floyd. Une police protéiforme montrée du doigt, témoignages à l’appui, pour ses pratiques contraires aux droits humains.

Depuis la mort de George Floyd le 25 mai dernier à Minneapolis, les États-Unis ont connu une vague de protestations inédite contre les violences générées par les forces de l’ordre. Des manifestations qui ont été réprimées pour la majeure partie dans la violence qu’elles dénoncent  d’après un rapport d’Amnesty publié le 5 août (lisible en version PDF en anglais ci-dessous).

Le mouvement Black Lives Matter a mis une nouvelle fois sur le devant de la scène internationale ce que l’association décrit comme une culture de la violence et de l’impunité. Policiers locaux, d’État, gardes nationaux ou d’agences fédérales utilisent d’emblée la violence, souvent dans la démesure, face à des manifestants la plupart du temps pacifiques. Des pratiques jugées illégales au regard du droit international et en complète contradiction avec le Ier amendement de la Constitution américaine et de la liberté d’expression, estime l’organisation internationale. 

Dans son rapport intitulé “États-Unis : le monde vous regarde”, Amnesty International fait donc à nouveau le constat accablant de violations répétées de la part des forces de l’ordre. Pas moins de 125 cas de violences policières ont été perpétrés contre des manifestants dans 40 États et dans le district de Columbia entre le 26 mai et le 5 juin 2020. 

Témoignages accablants

Amnesty International a recueilli des témoignages de victimes. Ses chercheurs ont aussi analysé et vérifié 500 vidéos de rassemblements un peu partout sur le territoire américain.

L’ONG met ainsi en lumière un usage disproportionné et immédiat de la force lors de manifestations, la plupart du temps pacifiques, avec l’utilisation de matraques, de gaz lacrymogènes, de gaz irritants ainsi que des tirs inappropriés d’armes intermédiaires : lanceurs de balles, grenades assourdissantes ou encore des grenades Stinger, qui combinent du gaz et un effet incapacitant. 

Parmi la cinquantaine de cas étudiés par Amnesty, celui d’Aubreanna, une étudiante de 26 ans qui distribuait de la nourriture aux participants d’un rassemblement le 7 juin dernier à Seattle. Alors que les policiers entendaient repousser les manifestants et menaçaient d’utiliser leurs armes, la jeune femme a tenté de désamorcer les tensions en allant au-devant des forces de l’ordre. À peine leur avait-elle parlé qu’elle a reçu en pleine poitrine une grenade aveuglante. Plusieurs fois réanimée, Aubreanna a heureusement survécu. 

Situation identique à Philadelphie le 1er juin, où des manifestants mains en l’air ont été aspergés de gaz poivre, matraqués et plaqués au sol, raconte Lizzy, qui faisait partie du groupe. Les mêmes scènes se répètent dans de plus petites villes, que ce soit dans le Tennessee, le Dakota du Sud ou encore l’Arkansas.

Un appel à la réforme

“Il y a un défaut de formation, un usage systématique – presque culturel – de la force, notamment, mais il y a aussi une culture de l’impunité”, analyse Cécile Coudriou, présidente d’Amnesty International en France. “De plus, la loi ne stipule pas assez précisément que l’usage de la force doit être un dernier recours.”

Nous demandons dans notre rapport qu’il y ait une réforme en profondeur pour garantir au citoyen américain l’ouverture d’enquêtes suivies de sanctions si un policier outrepasse ses droits, ce qui est rarement le cas.

Amnesty International met ainsi en lumière un usage disproportionné et immédiat de la force lors de manifestations la plupart du temps pacifiques.
Amnesty International met ainsi en lumière un usage disproportionné et immédiat de la force lors de manifestations la plupart du temps pacifiques.• Crédits : Nathan Howard / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty ImagesAFP

Or, rappelle Amnesty International, le gouvernement américain est tenu, au titre de la Constitution des États-Unis et du droit international relatif aux droits humains, de garantir le droit à la liberté de rassemblement pacifique. Les organes chargés de l’application des lois, au niveau fédéral, étatique et municipal, doivent respecter, protéger et faciliter les rassemblements pacifiques.

C’est bien, pour l’organisation, un changement radical des méthodes policières qui doit s’opérer en Amérique, où l’ordre est une affaire locale, explique à La Croix Didier Combeau, spécialiste des États-Unis et auteur de Polices Américaines (Gallimard, 2018). “La seule police nationale est le FBI. […] Le reste est aux mains des 18 000 polices locales indépendantes les unes des autres”, précise Didier Combeau.

La complexité du système

Il y a trois niveaux d’application et de surveillance de la loi. Le niveau fédéral, représenté par le gouvernement fédéral des États-Unis, le niveau des États fédérés et le niveau local, celui des comtés et des villes. Chacun d’entre eux dispose de ses propres forces de police et de son propre système judiciaire. D’où la complexité d’une réforme à grande échelle. 

Même si des efforts ont été réalisés depuis les années 1990, suite à l’acquittement de quatre policiers blancs qui avaient passé à tabac Rodney King, un automobiliste noir à Los Angeles, les consignes et le droit ne sont pas appliqués de la même façon partout. Par exemple, la maîtrise d’un suspect en le maintenant au sol genou sur la nuque est interdite au sein de nombreuses polices américaines mais pas à Minneapolis, où George Floyd a trouvé la mort. 

Plus de 1 000 personnes meurent lors d’interventions policières aux États-Unis ; un quart d’entre elles sont noires. Sous la présidence Obama, une enquête menée par l’administration après la mort du jeune Michael Brown, tué par un policier à Ferguson dans le Missouri en 2014, a par exemple montré que les Afro-Américains avaient deux fois plus de chances d’être fouillés que les conducteurs blancs.

Des leviers d’action

Depuis la mort de George Floyd, certains responsables locaux et étatiques se disent prêts à aller plus loin et ont commencé à prendre des mesures. Comme par exemple une plus grande divulgation publique des dossiers disciplinaires de policiers et l’interdiction des méthodes d’étranglement. C’est le cas de l’État de New York en juin dernier. À LIRE AUSSI 7 min La police américaine est-elle raciste ? Vidéo

Autre levier possible, une baisse du financement. Car au nom de la lutte contre le crime et le trafic de stupéfiants, les forces de l’ordre ont vu leurs budgets (entre un tiers et 60 % du budget des municipalités leur sont consacrés) et leurs équipements gonfler avec une tendance à la militarisation. Dans les années 1990, par exemple, le Pentagone a permis aux policiers de récupérer les surplus militaires de la guerre en Irak. 

 Au nom de la lutte contre le crime et le trafic de stupéfiants, les forces de l’ordre ont vu leur budget et leurs équipements gonfler avec une tendance à la militarisation.
Au nom de la lutte contre le crime et le trafic de stupéfiants, les forces de l’ordre ont vu leur budget et leurs équipements gonfler avec une tendance à la militarisation.• Crédits : Ankur DholakiaAFP

Amnesty International États-Unis demande, elle, au Congrès américain d’adopter la loi de 2020 relative à la protection des manifestants. Le PEACE Act (the Policing Exercising Absolute Care with Everyone ) interdirait aux policiers d’avoir recours à une force qui pourrait être mortelle sauf en cas d’absolue nécessité.