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Source : areion24

Une idée courante veut que le Japon a perdu sa capacité d’innovation et qu’il a été incapable de s’adapter aux enjeux de la « nouvelle économie ». Or il n’en est rien, car cette vision repose sur une conception idéologique et rabougrie de la technologie.

Une contradiction majeure des temps présents tient dans la déconnexion du lien qui unit la technologie et l’amélioration des conditions de vie. Tout se passe comme si, à mesure que grandit le discours sur l’importance de la technologie, on assistait à une dégradation concomitante des conditions d’accès à celle-ci et à la perte de ses finalités humaines. Que l’on pense aux remarquables progrès qu’a connus la médecine ces dernières années, comme en témoignent les avancées de la thérapie génétique ou le traitement de certains cancers, et aussitôt le contraste avec les conditions d’accueil ou le traitement de la souffrance s’accentue. L’innovation perd dans le capitalisme contemporain sa vocation émancipatrice. La généralisation de l’obsolescence programmée, les effets sanitaires et environnementaux de l’utilisation des pesticides, la production de médicaments aux effets indésirables sont autant de manifestations de cette séparation (2).

À cet égard, l’expérience japonaise est enrichissante. La grande majorité des économistes à la fin des années 1980 prédisent pour le Japon un formidable destin, conformément au titre du livre d’Ezra Vogel publié en 1980 : Japan as Number One. On imagine alors quelle sera la prochaine innovation qui bouleversera nos vies comme l’a fait le baladeur de Sony. Si de grandes inventions doivent marquer le tournant du siècle, elles seront japonaises. Or, c’est de l’autre côté du Pacifique que les principales innovations des années 1990 et 2000 sont nées, que ce soit dans le domaine des technologies de l’information et de la communication ou dans celui des biotechnologies. Si bien que l’on en vient à se demander, aujourd’hui, ce que le Japon est devenu en matière d’innovation.

Déclin de la productivité, déclin du Japon ?

S’il est vrai que la croissance japonaise a fortement ralenti à partir du début des années 1990, une brève comparaison internationale permet de relativiser le phénomène. En termes réels (en tenant compte de l’inflation), sur la période 1990-2014, la croissance annuelle japonaise fut de 0,9 %, contre 1,5 % en Europe et 2,5 % pour les États-Unis. Toutefois, si on la rapporte à la population, il apparaît que les écarts sont beaucoup moins prononcés. Le produit intérieur brut par habitant a crû à un taux annuel de 0,8 %, taux qui passe à 1 % pour l’Europe et 1,5 % pour les États-Unis.

Au-delà de la question démographique, c’est la question de la productivité qui a retenu l’attention. Et à raison, car en effet, l’étude comparative de la contribution des facteurs à la croissance met en lumière le déclin relatif de la productivité au Japon par rapport aux États-Unis (3). Si les hypothèses pouvant être retenues sont nombreuses, l’idée que cette tendance traduirait une baisse de la capacité d’innovation s’est progressivement diffusée. On en vient rapidement à considérer que le « modèle japonais » serait devenu inadapté aux nouveaux enjeux que représentent la « mondialisation » et les nouvelles technologies. Les États-Unis, considérés comme étant en pointe dans ces domaines, constitueraient le benchmark indépassable. Et le modèle de la Silicon Valley (SV ci-après), caractérisé par le rôle crucial des entrepreneurs et des start-ups en interaction avec les universités et dont le financement repose sur le capital-risque, en serait le parangon. Les réformes néolibérales, introduites au Japon à partir des années 1980, se sont appuyées sur cette rhétorique (4). Or celle-ci n’est pas sans poser problème.

Avant de revenir sur la véritable signification de la baisse apparente de la productivité, il faut souligner que « comparaison n’est pas raison », puisqu’en restant à ce niveau d’analyse, on a l’impression que l’ensemble des entreprises japonaises se sont effondrées, alors que des entreprises comme Toyota ou Canon ont continué à enregistrer des bénéfices record. Cet exemple nous apprend qu’on ne saurait assimiler les performances macroéconomiques et microéconomiques. Pareillement, l’argumentation précédente tend à amalgamer le modèle de la SV avec le système national d’innovation étatsunien. S’il est vrai qu’ils présentent des caractéristiques communes, on ne peut réduire le second au premier pour parler d’un système néolibéral d’innovation. Autant le dire d’emblée, rien de tel n’existe, comme en atteste l’importance du rôle de l’État dans le système d’innovation américain (5). La promotion de ce modèle a été en partie fonctionnelle et a visé à justifier un ensemble de réformes structurelles plus générales. Cependant, du point de vue de l’innovation, le risque a été grand de déstabiliser tout le système d’innovation japonais, qui fonctionne suivant une logique distincte du modèle de la SV sans que l’on puisse en déduire une moindre capacité d’innovation (6)…

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