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Le département de police de la ville de New York a déclaré qu’il enquêtait sur de nombreux incidents racistes liés à la propagation du coronavirus et survenus à Manhattan la semaine passée.

Mardi 10 mars au matin, une femme de 23 ans d’origine asiatique a été violemment poussée et giflée par une autre femme, a indiqué la police. Le suspect, une jeune femme dans la vingtaine, aurait ensuite fait des commentaires « anti-asiatiques ».

Plus tard dans la journée, dans l’élégant quartier de l’Upper East Side, un jeune homme s’est approché par derrière d’un homme de 59 ans d’origine coréenne, l’a frappé, plaqué au sol puis a hurlé des propos racistes avant d’être menotté par la police.

Jeudi soir, un homme d’origine chinoise de 47 ans marchant vers un arrêt de bus à Forest Hills, dans le Queens cette fois-ci, a été subitement approché par un autre homme qui l’a poussé contre un mur avant de lui crier au visage qu’il était un criminel, car il ne portait pas de masque. Etc.

Moi-même, j’ai été témoin d’une scène écœurante, vendredi 13 mars, alors que je faisais des courses dans Brooklyn Chinatown. Alors qu’une vielle femme traversait lentement la rue en poussant un chariot plein à ras bord de bouteilles en plastique qu’elle avait sans doute laborieusement réuni afin de récolter quelques dollars à la consigne du coin – moyen de subsistance banal pour de nombreux immigrés illégaux dans les quartiers asiatiques -, j’ai vu un homme sortir en fureur de sa voiture. Visiblement exaspéré par la lenteur de la pauvre femme qui bloquait un trafic déjà très dense et qui ne réagissait pas à ses coups de klaxons, l’homme à fait valdinguer son chariot répandant sur la chaussé le travail d’une journée avant de s’en retourner dans son 4×4 en vociférant des insultes d’où se détachait très clairement le mot coronavirus.

Ce genre d’incidents ne se produit pas uniquement avec la communauté asiatique. La presse rapporte que plusieurs ressortissants européens ont également été victimes d’agressions « racistes » liées à l’épidémie.

Rien d’étonnant dans un pays où la xénophobie ne se cache plus et où, ces derniers jours, le secrétaire d’État a parlé de virus chinois, et le président de maladie importée de l’étranger. Et cela avant de grossièrement et inutilement – ainsi que le confirme l’OMS – fermer les portes aux alliés d’Europe et tenter, comble de l’obscénité, d’acheter une entreprise allemande travaillant sur un vaccin afin d’en réserver l’exclusivité aux Américains.

L’immédiat repli sur elles-mêmes que l’on vient de constater de la part de certaines communautés est également révélateur des importantes tensions que pourrait rapidement connaitre l’Amérique du Civid-19.

On vient de voir, par exemple, dans la partie à forte population musulmane de Bay Ridge à Brooklyn, des centres de soins décider d’ouvrir leurs portes en priorité aux arabophones. Des voitures de la très clanique Muslim community patrols stationnant autour de ces centres comme pour intimider « l’infidèle ».

Du côté des évangéliques, ce sont aux homosexuels que certaines églises seraient prêtes à refuser leur aide en cas de nécessité. Au Texas, des électeurs de Trump affirment devant les télévisions que les Mexicains qui traversent illégalement la frontière sont porteurs du virus. En Arizona, dans des zones à forte majorité hispanique, on a vu des responsables de supermarchés s’arranger pour que la nourriture ne soit disponible que pour les membres de leur communauté…

Bien sûr, en France aussi tout n’est pas angélique. Mais dans un pays comme les États-Unis, où évidement tout n’est pas négatif, mais où l’individualisme et le communautarisme sont poussés à leur paroxysme, où l’aide sociale est quasi inexistante, la pauvreté omniprésente et l’accès aux soins très difficile pour une grande partie de la population, on est en droit de s’inquiéter et de se demander comment les choses vont évoluer au cours des prochaines semaines. Et c’est sans parler du nombre d’armes à feu en circulation…

Un présumable confinement de la population pourra sans doute aider à contenir le virus, mais probablement pas à moyen terme des éruptions de violence.

Donald Trump n’est de toute évidence pas responsable de la situation ni de la mentalité d’une grande partie du peuple états-unien. Mais ses agissements absurdes ou illégaux, ses propos déplacés, xénophobes ou tout simplement grossièrement mensongers ou stupides, ont depuis plus de trois ans largement contribué à accentuer les travers propres à l’Amérique – voir ma chronique du 4 février dernier intitulée La dangereuse banalisation de Trump.

Il y a quelques jours, mon épouse, qui est d’origine polonaise et qui après près de vingt ans aux États-Unis n’a conservé qu’un faible accent, tente de s’assoir dans un métro surchargé. Poliment, elle demande à une femme blonde d’une soixantaine d’années et légèrement corpulente de bien vouloir se serrer un peu. Celle-ci, visiblement très agacée, se lève et avant de disparaitre à l’autre bout du wagon lui lance de derrière son masque « GO HOME ! ».

Franchement, chère Madame, on commence à y songer.

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Essayiste et chercheur associé à l’IRIS, Romuald Sciora vit aux États-Unis. Auteur de plusieurs ouvrages sur les Nations unies, il a récemment publié avec Anne-Cécile Robert du Monde diplomatique « Qui veut la mort de l’ONU ? » (Eyrolles, nov. 2018). Son prochain ouvrage, « Pauvre John ! Le cauchemar américain », sortira courant 2020 chez Max Milo.