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Source : legrandcontinent

Paul Samuelson affirmait que le seul résultat d’économie qui soit à la fois vrai et non trivial reste la théorie des avantages comparatifs de Ricardo : le libre échange conduit chaque pays à se spécialiser dans ce qu’il fait le mieux, au bénéfice de tous. Vos travaux le confirment-ils ?

Les travaux en commerce international reposent beaucoup sur la logique des avantages comparatifs, qui reste un cadre d’analyse utile pour comprendre le commerce entre les pays riches et les pays émergents. Les explications standards en sont tout à fait tributaires, et pour ce qui concerne la fragmentation des processus productifs, nous les comprenons au fond comme une extension de cette logique des avantages comparatifs, poussée à l’extrême : il ne s’agirait plus d’une spécialisation dans la production de biens spécifiques, comme chez Ricardo, mais dans des compétences, dans des étapes de production toutes entières. 

Aux bénéfices liés à la spécialisation sur des avantages comparatifs, s’ajoutent des économies d’échelle qui expliquent une tendance à la concentration de l’activité et de la production de valeur à des niveaux très importants.

Ce qui a peut-être changé par rapport à la vision de Samuelson relève moins des sources des gains à l’échange que d’une prise en compte plus systématique des inconvénients et des limites de la spécialisation.

Isabelle Méjean

Donc oui, cette logique reste centrale, pour mes travaux et pour la pratique du commerce international. Ce qui a peut-être changé par rapport à la vision de Samuelson relève moins des sources des gains à l’échange que d’une prise en compte plus systématique des inconvénients et des limites de la spécialisation. L’idée de l’efficience de l’avantage comparatif était puissamment ancrée dans la discipline économique. Mais, si les gains à l’échange restent très importants, on a beaucoup insisté depuis une vingtaine d’années sur les limites, les conséquences, les défaillances de marché que produit cette spécialisation. 

Il y a donc eu un petit basculement : on s’intéresse beaucoup plus aujourd’hui aux failles qu’on a pu le faire il y a une vingtaine d’année. J’ai commencé mes travaux en 2000, c’est-à-dire l’année de la publication en France du livre de Krugman La Mondialisation n’est pas coupable ! Un contexte qui explique peut-être que j’ai continué dans cette veine. Depuis, les travaux en commerce international se sont beaucoup plus intéressés à la question du partage des gains du libre-échange. 

Votre travail consiste donc à préciser que les avantages de la spécialisation internationale « à outrance » viennent avec un coût : quel est-il ? 

La contrepartie qui a pu être négligée, ou qui est en tout cas aujourd’hui au cœur du débat, est la question du partage du risque. Quand on a une économie qui, grossièrement, pousse à l’extrême le modèle théorique ricardien, dans laquelle chaque pays produit uniquement les biens ou étapes de production dans lesquels il a un avantage comparatif, la concentration de l’activité devient extrêmement forte…

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