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Au moment même où les restrictions liées au coronavirus se sont adoucies, les mouvements populaires hongkongais ont repris de plus belle. Les affrontements avec la police chinoise ont été houleux puisque 18 personnes ont été blessées et 230 arrêtées. Face à la force des contestations, Pékin ne semble pourtant pas changer d’attitude. Le point de vue de Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’IRIS.

Le 10 mai, 230 personnes en marge des manifestations prodémocratie ont été arrêtées à Hong Kong. Comment expliquer la résurgence des contestations ? Les revendications des manifestants ont-elles évolué ces derniers mois ?

Le mouvement prodémocratie a, comme tout le reste, subi la crise du coronavirus, et les manifestations avaient totalement cessé en janvier. Parallèlement, la victoire écrasante du mouvement à des élections locales fin 2019 avait également contraint les autorités à se montrer plus discrètes autant qu’elle s’était traduite par une baisse d’influence dans les manifestations. Mais les revendications n’ont pas changé, et les manifestants ont simplement attendu la levée des restrictions pour raisons sanitaires pour se réunir à nouveau, avec à la clef des affrontements avec les forces de police – on parle de 18 blessés et 230 arrestations. On semble repartis pour un nouveau cycle de manifestations, Carrie Lam, chef de l’Exécutif de Hong Kong et pro-Pékin, ayant annoncé que les enseignements d’études critiques à l’université, qu’elle estime être responsables de la contestation, allaient être revus. Cette annonce a remis le feu aux poudres, et traduit l’impasse du dialogue entre les autorités et les démocrates. On évoque aussi un projet de loi qui sanctionnerait les offenses à l’hymne national chinois, voire même d’un texte anti-sédition. Si un tel texte est adopté (il avait été évoqué, puis oublié, en 2003, face à de vives protestations), les tensions seront encore plus vives.

Les restrictions liées au coronavirus servent-elles la police hongkongaise face aux manifestants ?

Elles ont permis de rendre impossibles les rassemblements. Mais ce n’est qu’illusoire et temporaire puisqu’on voit bien que les manifestants reprennent le mouvement dès qu’une occasion leur en est offerte. Et l’exécutif est passé maître dans l’art de provoquer, comme évoqué précédemment. La grande inconnue concerne la réaction de l’opinion publique. Soit il y a une forme de lassitude, comme on l’avait observé à la fin du mouvement des parapluies de 2014, et les étudiants se retrouveront isolés. Soit les provocations sont trop fortes et mobilisent encore plus, et dans la durée, et c’est cette fois l’opinion publique dans son écrasante majorité qui se retourne contre le pouvoir. Si un tel scénario se profile, il sera difficile pour Pékin de maintenir l’ordre sans montrer un visage qui lui fera forcément défaut.

Quelle est l’attitude de l’exécutif chinois face à ces mouvements populaires ? A-t-il évolué au cours des mois ?

Au-delà des provocations grossières et d’une vassalité tout aussi grossière à l’égard de Pékin, Carrie Lam se distingue par son incompétence. Son rôle doit consister à servir d’intermédiaire entre la Chine et les démocrates hongkongais, et donc à avancer en douceur, et sans créer de frustrations. Or, c’est exactement l’inverse. Les tensions étaient déjà grandes, mais elles se sont considérablement accentuées depuis son arrivée au pouvoir. C’est donc clairement une attitude délibérée et qui n’évolue pas, mais qui est un fiasco. Carrie Lam devrait donc, tôt ou tard, être remplacée, et on peut même s’étonner de l’entêtement de Pékin à miser sur elle. Elle est d’une certaine manière la meilleure alliée objective des manifestants.

Source : IRIS