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Source : franceculture.fr

En Libye, depuis la chute du régime de Khadafi en 2011, la guerre n’a jamais cessé. Aujourd’hui, plusieurs puissances étrangères, dont la Turquie et la Russie, sont impliquées dans le conflit et les Européens comme les Etats-Unis appellent à un cessez le feu immédiat.

Photo de combattants du  gouvernement d’accord national (GAN) prise le 5 juin 2020 à Tarhuna, en Libye, à environ 65 km au sud-est de la capitale, Tripoli.
Photo de combattants du gouvernement d’accord national (GAN) prise le 5 juin 2020 à Tarhuna, en Libye, à environ 65 km au sud-est de la capitale, Tripoli.• Crédits : MAHMUD TURKIAAFP

En Libye, depuis la chute du régime de Khadafi en 2011, la guerre n’a jamais cessé. L’épidémie de covid n’a eu aucun effet sur l’arrêt des combats. Elle a même détourné l’attention internationale, chacun étant préoccupé par la gestion de sa propre crise sanitaire. Mais aujourd’hui, les cartes sont rebattues en Libye, plusieurs puissances étrangères sont impliquées dans le conflit et les Européens comme les États-Unis, mercredi 10 juin 2020, ont appelé à un cessez le feu effectif et immédiat. Pourquoi la Libye redevient une préoccupation, notamment pour les Européens ? Quels intérêts ont les puissances étrangères engagées dans le conflit ? Comment certaines, comme la Turquie, ont-elles réussi à s’imposer ?

Guillaume Erner reçoit Jalel Harchaoui, chercheur à l’Institut des Relations Internationales de Clingendael aux Pays-Bas.

La Libye, au cœur des convoitises d’une Europe divisée

Ce qui se passe en Libye est plus compliqué qu’un simple face à face manichéen, entre la Turquie et la Russie. Ce qu’il faut imaginer, c’est que nous avons une puissance de l’Otan qui s’appelle la Turquie, qui intervient de manière tout à fait visible, au vu et au su de tous. Et en face, il y a le maréchal Haftar, qui est soutenu par une demi-douzaine d’États mais d’une manière clandestine. C’est ça, la symétrie, c’est-à-dire qu’aussi bien la Russie, l’Égypte et surtout les Émirats arabes unis, la Jordanie et l’Arabie saoudite. Tous ces États là ont du mal à faire face à la Turquie parce qu’ils désirent rester dans l’espace clandestin inavoué pour pouvoir le nier,. Et c’est cette asymétrie là qui a vraiment changé la situation au cours des six derniers mois. Jalel Harchaoui

Il y a un engagement parisien pour toujours taire l’action largement illégale du grand ami de Paris, que sont les Émirats arabes unis et qui ont une influence extraordinaire sur le processus de décision parisienne sur cette partie du monde. Donc, il y a un caractère inconditionnel dans le soutien idéologique et diplomatique par rapport aux Émirats arabes unis. Par exemple, le ministre des Affaires étrangères ne parle jamais de l’action émiratie en Libye, ce qui est fortement anormal parce que c’est un État qui a bombardé la zone de Tripoli pendant 14 mois.”

Vers une paix impossible en Libye ? 

Une guerre qui continue et tournerait au bourbier est peut-être pire que ce à quoi on a eu droit ces neuf dernières années. Ce n’est pas le pire des scénarios pour les acteurs du Golfe. Parce que la paix voudrait dire une certaine tolérance par rapport à l’Islam politique, qu’il soit radical ou modéré. Les pays du Golfe sont des pays qui ne tolèrent pas même la version modérée de l’Islam. Et dans un pays aussi riche et aussi facile à gérer que la Libye, c’est une population qui ma foi et gérable quand on a autant d’argent dérivé du pétrole, ça enverrait un signal idéologique à toute la partie supérieure de l’Afrique et certaines autres sociétés. Cela signifierait qu’on accepterait qu’un Islam politique marche. Et c’est tout à fait inacceptabledu point de vue d’Abou Dabi ou de Riyad ou du Caire. Jalel Harchaoui

Pendant quatorze mois, il y a eu près  de 200 000 civils déplacés dans la zone de Tripoli avec des frappes aériennes conduites par les Émiratis de manière quotidienne, avec de plus en plus de civils qui étaient tués ou blessés. Il y a une forme de tragédie en Libye qui ne signifie pas forcément l’exportation du terrorisme ou l’exportation de migrants, par exemple. Il y a la version à laquelle on a eu droit ces derniers mois où c’était simplement les Libyens qui souffraient et qui mouraient et qui voyaient leurs économies se faire dessiner. Et ce genre de désordre n’est pas forcément une cause d’alarme dans certaines capitales  européennes.” 

Vous pouvez (ré)écouter l’interview en intégralité en cliquant sur le player en haut à gauche de cette page.