Spread the love
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Alors que les États-Unis entraient dans leur deuxième semaine de lutte pour essayer de contenir la propagation du coronavirus, et que New York s’alignait sur l’Italie en nombre de malades et de morts, Donald Trump et les dirigeants de Wall Street ont très sérieusement commencé à se demander si le gouvernement n’était pas allé trop loin et ne devait pas plutôt lever les restrictions qui « infligent déjà une profonde douleur aux travailleurs et aux entreprises ».

Le consensus continue de croître parmi les chefs de gouvernement et les responsables de la santé, selon lequel la meilleure façon de vaincre le virus est bien évidemment d’ordonner la fermeture d’entreprises non essentielles, et de demander aux habitants de se confiner chez eux. La Grande-Bretagne, après avoir initialement résisté à de telles mesures, s’y est ralliée lundi, tout comme, aux États-Unis, la Virginie, le Michigan et l’Oregon. Plus de 100 millions d’Américains sont maintenant soumis au confinement à domicile.

L’assouplissement de ces restrictions pourrait augmenter considérablement le nombre de décès dus au virus, préviennent les responsables de la santé publique. De nombreux économistes affirment, par ailleurs, que la reprise prématurée d’une activité normale ne ferait que continuer à remplir les hôpitaux et entraînerait encore plus de décès, tout en exacerbant une récession qui est probablement déjà arrivée.

Mais le Donald ne veut plus rien entendre tant il est terrorisé devant l’effondrement des quelques fragiles acquis de sa présidence et les mauvaises nouvelles qui s’amoncellent sur son bureau. L’arrêt économique des États-Unis cause des dégâts qui commencent à peine à apparaître dans les données officielles. Les chercheurs de Morgan Stanley ont déclaré lundi qu’ils s’attendaient maintenant à ce que l’économie se contracte de 30 % au deuxième trimestre de cette année, et que le taux de chômage grimpe à près de 13 %. Les deux seraient des records, dans les statistiques économiques modernes. Certains parlent même d’un taux de chômage qui pourrait, à terme, avoisiner les 20 % !

Bref, bien que des responsables ont encore déclaré, ce mardi 24 mars, que la période initiale de quinze jours de distanciation sociale décrétée par le gouvernement fédéral était vitale pour ralentir la propagation du virus, qui a déjà infecté plus de 40 000 personnes aux États-Unis, Trump, Goldman Sachs, Bank of America et tout un chœur de voix conservatrices ont continué à affirmer que le choc économique pourrait nuire davantage au pays que les décès dus au Covid-19.

Le président américain vient donc de déclarer que son administration réévaluerait s’il fallait garder les commerces non essentiels fermés après la fin de la période initiale de 15 jours lundi prochain, ajoutant que certaines parties du pays pourraient rouvrir plus tôt que d’autres, selon l’ampleur des infections.

« L’Amérique n’a pas été construite pour être fermée », a dit le président lors d’un briefing à la Maison-Blanche. « L’Amérique sera à nouveau et bientôt ouverte aux affaires. Très bientôt. Beaucoup plus tôt que trois ou quatre mois ainsi que quelqu’un le suggérait. Beaucoup plus tôt. Au plus tard pour Pâques. Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le problème lui-même. »

Trump a poursuivi sur sa lancée, en affirmant que des choses comme la grippe ou les accidents de voiture constituaient autant une menace pour les Américains que le coronavirus, et que la réponse à ceux-ci était beaucoup moins draconienne que celle mise en place pour l’épidémie du Covid-19. « Nous avons une saison de la grippe très active cette année, plus active que la plupart des années précédentes. On dirait qu’on se dirige vers 50 000 morts ou plus », a-t-il dit, ajoutant : « C’est beaucoup. Et regardez les accidents de voiture, qui sont bien plus importants que tous les chiffres dont nous parlons liés au virus chinois (sic). Cela ne signifie pas que nous allons dire à tout le monde de ne plus conduire de voitures. Nous devons donc faire des choses pour rouvrir notre pays au business. Il faut mettre fin à la fermeture ! »

De très nombreux économistes tentent de faire entendre raison au président en insistant sur le fait que les restrictions d’activité, contribuant à la baisse du taux d’infection, aident l’économie à long terme.

« L’idée qu’il y a un compromis à faire en ce moment entre la santé et l’économie est stupide », a déclaré Jason Furman de l’Université de Harvard, ancien conseiller économique de Barack Obama. « La chose qui nuit à notre économie est un virus. Tous ceux qui tentent de stopper ce virus s’efforcent donc de limiter les dommages causés à notre économie et contribuent à notre éventuel rebond. »

Mais Trump se fiche éperdument de ce genre de raisonnement. Le long terme ne l’intéresse pas. Qu’un ou deux millions de personnes meurent aux États-Unis, au lieu de plusieurs milliers, n’a visiblement pour lui aucune réelle importance. Seul compte son électorat et l’élection de novembre.

Alors, peu importe de sacrifier des vies, si en retour on peut tenir un minimum les finances à flot, et ne pas sombrer dans les sondages.

Donald Trump montre aujourd’hui son vrai visage, celui d’un sociopathe et d’un nouveau Néron, prêt à tout, même « au meurtre » de ses concitoyens, afin de conserver son poste et préserver ses intérêts. Quant au capitalisme, tel qu’il se pratique aux États-Unis, il vient d’atteindre cette semaine le paroxysme de l’obscénité.

______________________________________

Essayiste et chercheur associé à l’IRIS, Romuald Sciora vit aux États-Unis. Auteur de plusieurs ouvrages sur les Nations unies, il a récemment publié avec Anne-Cécile Robert du Monde diplomatique « Qui veut la mort de l’ONU ? » (Eyrolles, nov. 2018). Son prochain ouvrage, « Pauvre John ! Le cauchemar américain », sortira courant 2020 chez Max Milo.