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Quelles réalités révélées par cette pandémie ? Quels scénarios envisageables sur le plan géostratégique ? Quelles conséquences sur nos modèles de vie et de gouvernance ? Xavier Guilhou apporte des réponses adossées à son expérience du pilotage de crise et des relations internationales.

CHAQUE soir l’énoncé des chiffres et le tracé des courbes macabres des effets de la pandémie s’impriment froidement sur les écrans des chaines d’information [1]. Simultanément dans les rues vides les élans de solidarité et de compassion aux personnels soignants, et à tous les « premiers de tranchée » [2], nouveaux héros des lignes de front de notre postmodernité matérialiste, s’expriment lyriquement aux balcons. Nos vieux pays sont passés en quelques semaines de confinement (depuis le 16 mars 2020 pour la France) de l’état de sidération, à celui d’acceptation en attendant avec une certaine résignation un retour à une vie normale en vue d’une reconstruction économique, sociétale et morale. Entre temps les éditos ne cessent de clamer que « demain ne sera plus comme avant ! ». De leur côté, les politiques, qui ne se sont jamais préparés à de tels scénarios, tentent vainement de démontrer qu’ils maitrisent une situation qui leur échappe. Tous affirment forts des enseignements de ce « coup du sort » ou de la compréhension de cette « surprise stratégique », qu’ils feront tout pour contribuer à sauver des vies humaines et surtout pour sauvegarder la « continuité d’activité du pays » et éviter la faillite…

Encore faudrait-il déjà disposer des capacités basiques pour sauver les vies humaines avec 80% des productions de médicaments et produits sanitaires délocalisés en Inde, en Chine et dans les pays du sud-est asiatiques [3] et ne pas être piégés par des dettes publiques abyssales… Cette pandémie révèle de façon flagrante la perte d’autonomie tactique de nos grands pays riches qui détiennent des armes nucléaires, sont membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, mais ne disposent pas des moyens élémentaires pour protéger leurs populations contre un simple virus… « Une fois n’est pas coutume » et nous savons malheureusement ce que donnent ces rhétoriques inhérentes à chaque crise majeure. La vie reprend ses marques, on se souvient mais on oublie vite ! Les exemples de ces dernières décennies démontrent que chaque évènement exceptionnel sur le plan international, qu’il soit technologique (Tchernobyl, Bhopal, Fukushima…), environnemental (Cyclone Katrina, Tsunamis, épidémies H5N1, SRAS…) sécuritaire (Guerre du Golfe, 11 septembre 2001 …) ou sociétal (Chute du mur, crises financières, implosions politiques …), agit bien comme un marqueur historique mais qu’il se dilue très rapidement dans la complexité du fonctionnement de notre postmodernité et dans la vitesse des transformations en cours au niveau mondial. Qu’en est-il réellement aujourd’hui avec cette nouvelle épidémie du Covid 19 ?

Cette pandémie est-elle l’annonce de la fin des temps, celui de l’effondrement » [4], comme les plus pessimistes le prédisent [5] ? N’est-elle qu’une erreur de surveillance et d’anticipation des réseaux mondiaux de vigilance épidémiologique, voire de défaillance scientifique ? Serait-elle, comme le suggèrent désormais les notes diplomatiques et des services de renseignements anglo-saxons [6], le résultat pervers de jeux obscurs et mortifères qui ne peuvent se comprendre que dans le cadre des confrontations hégémoniques entre la Chine et les Etats-Unis ? Ou ne serions-nous pas tout simplement face à un aléa normal mal géré du début à la fin, juste « un pas de chance », que nous ne sommes plus en mesure d’accepter et de traiter tant notre appétence idéologique au « risque zéro » nous submerge mentalement [7] ? Cet évènement sert de toute façon et à minima de révélateur sur l’état réel des vulnérabilités de l’Occident. Face à la fascination de l’immédiateté, au côté hystérique du voyeurisme permanent et à la sublimation de l’individualisme, nos sociétés ont en effet beaucoup de mal à prendre du recul et à sortir des modes de représentation de plus en plus irrationnels du réel. Cette pandémie, au-delà l’émotion et l’anomie qui règnent, nous interpelle [8] sur de nombreuses questions de fond : celle du temps long qu’il faut prendre en compte afin de bien analyser ces problématiques, celle de la nécessité de réintégrer l’analyse démographique dans les interprétations et celle de l’intemporalité du fait culturel, voire civilisationnel, dans la compréhension des jeux d’acteurs et des postures mises en œuvre sur les différents continents.Coronavirus : Quel déconfinement géostratégique ?

Carte du taux de mortalité du Covid-19 à la date du 22 avril 2020 Source JHU, consultation 22 avril 2020. Original en anglais : Case-Fatality Ratio (%) = Number recorded deaths / Number confirmed cases. Traduction en en français : Taux de mortalité (%) = nombre de décès enregistrés / nombre de cas confirmés.

De quoi s’agit-il : « urgence sanitaire, crise, catastrophe ou fin du monde ?

Nous sommes indéniablement face à une catastrophe sanitaire au niveau mondial, qui peut contenir en son sein une multiplicité de crises selon les pays touchés… Lire la suite sur :

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