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A l’origine de la crise sanitaire, économique et financière mondiale, la Chine risque de connaître des turbulences ces prochaines années. Pour autant, alors qu’une dette publique faramineuse leste les Etats-Unis, mais aussi l’Europe – tout sauf unie -, elle pourrait tirer son épingle du jeu, juge Marc Touati, président du cabinet ACDEFI.

Les compétitions sportives ont au moins un point commun avec celles qui se jouent sur le front économique : il y a, d’un côté, les résultats potentiels et généralement consensuels “sur le papier” et, de l’autre, les résultats effectifs “du terrain”, qui sont bien souvent, très différents des premiers. Ainsi, même si la pandémie de coronavirus n’est malheureusement pas terminée, la logique voudrait que son pays d’origine, en l’occurrence la Chine, en soit le grand perdant. Et ce, d’autant que l’Empire du Milieu a vraisemblablement menti sur quasiment toute la ligne, et notamment sur la dangerosité du virus ou encore le nombre de contaminés et de décès.

Comme l’a dénoncé, certainement à juste titre, Reporters Sans Frontière : “Si la presse chinoise était libre, le coronavirus ne serait peut-être pas devenu une pandémie”. En effet, si l’internet chinois n’était pas isolé par un système élaboré de censure électronique et si les médias n’étaient pas contraints de suivre les instructions du Parti communiste, l’épidémie aurait sûrement été circonscrite plus rapidement et aurait été forcément prise beaucoup plus au sérieux à travers le monde.

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Bien entendu, nous ne pouvons pas refaire l’histoire et il serait vain de croire en une quelconque théorie du complot. Pour autant, les faits sont là : l’épidémie de Covid-19 s’est répandue au monde à partir de la Chine, dont les normes démocratiques, sanitaires et sociales sont très loin des standards occidentaux.

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Le drame est que, pour des raisons bassement mercantiles, la quasi-totalité des pays de la planète ont fait fi de ces carences aussi graves qu’évidentes. A l’évidence, jusqu’à ces dernières semaines, l’aveuglement collectif international était presque normal : en vertu du fameux “kilomètre sentimental” cher à l’académicien français Jean Dutourd selon lequel seul ce qui est proche compte réellement pour nous, nous étions prêts à oublier collectivement que la Chine était une dictature aux normes sanitaires déplorables, pour peu que les produits made in China soient peu onéreux.

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Aujourd’hui que le “pot aux roses” est exposé au grand jour, il n’est plus possible de se voiler la face. Dans ce cadre et “sur le papier”, la Chine devrait être la grande perdante de la pandémie. En effet, les entreprises et les consommateurs du monde entier devraient désormais refuser de produire dans l’Empire du milieu et/ou d’acheter ses produits, tant que celui-ci ne fait pas son mea culpa et décide de devenir une démocratie, avec une liberté des médias, la fin du communisme et l’instauration d’une transparence sanitaire irréprochable.

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Dans la mesure où ces révolutions prendront du temps, un mouvement de relocalisation devrait se produire, réduisant massivement la demande mondiale adressée à la Chine. Or, dans la mesure où cette dernière a surinvesti ces dernières années et s’est aussi massivement endettée en espérant que le retour sur investissement serait massif et rapide, un effondrement de la demande de produits chinois, se traduirait non seulement par une récession conséquente et durable, mais aussi par une crise financière sévère. N’oublions effectivement pas que les créances douteuses avoisinent les 30% des crédits dans l’Empire du milieu.

Compte tenu de cette récession chinoise, le reste du monde devrait évidemment souffrir, mais compte tenu du mouvement de relocalisation, la croissance reviendrait progressivement, en particulier aux Etats-Unis et en Europe, qui feraient évidemment front pour affaiblir durablement l’hégémonie chinoise. Malheureusement, ces belles perspectives risquent de demeurer « sur le papier ». Car, sur le terrain, la situation risque de devenir bien différente. Certes, l’économie chinoise va fortement ralentir.

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Cependant, grâce à 3 000 milliards de dollars de réserves de change, environ 1 200 milliards de bons du Trésor américains et au moins autant d’obligations européennes, sans parler de ses participations dans de nombreuses entreprises à travers la planète, la Chine dispose d’un confortable matelas de sécurité. Encore pire, ce dernier pourrait être utilisé pour faire pression sur les Etats-Unis et l’Europe pour ne pas tourner le dos aux entreprises et aux produits chinois.

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Déjà empêtré dans une dette publique bien plus extravagante que celle de la Chine, le bloc USAEurope risque alors de très vite déposer les armes. Encore plus grave, un des deux pourraient s’allier avec l’Empire du Milieu pour affaiblir le troisième larron.

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Et, bien tristement, dans la mesure où l’Union européenne est tout sauf unie, il est fort probable que cette dernière soit, comme d’habitude depuis 25 ans, le “dindon de la farce”. Et ce d’autant que les Etats-Unis pourront encore disposer du roi-dollar (qui, ne l’oublions pas représente toujours 50% des transactions mondiales et 70% des réserves de changes à travers le globe) et bien sûr de la première puissance militaire mondiale pour imposer leur dictat.

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Encore plus grave, dans la mesure où l’Italie, la Grèce, voire l’Espagne et la France étaient déjà en situation de quasi-faillite avant le drame du Coronavirus, que vont-ils devenir au cours des prochaines années, avec des dettes publiques de plus de 150%, voire 200% du PIB ? A l’évidence, la BCE et les excédents allemands ne pourront pas forcément venir à la rescousse et payer pour les autres. Dans ce cadre, si, déjà bien pâle, la solidarité européenne est encore battue en brèche, la zone euro pourrait soit disparaître, soit, dans le meilleur des cas, rester anémiée pour longtemps.

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En conclusion, et comme je le dis souvent : les crises sont toujours des phases d’opportunité, mais aussi des révélateurs des forces et faiblesses. Espérons que, pour une fois, les dirigeants européens et américains sauront faire front commun, en préférant “gagner ensemble” plutôt que “perdre tout seul”. Sinon, et aussi fou que cela puisse paraître, c’est la Chine qui risque d’être la grande gagnante de la crise qu’elle a, elle-même, déclenchée…

Marc Touati, Économiste, Président du cabinet ACDEFI

Source Capital.fr