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De la Jamaïque au Nicaragua en passant par la Guyane et l’Italie, Cuba aide une quarantaine de pays dans la lutte contre le coronavirus. De son côté, l’île a fermé ses frontières et s’est confinée depuis le 24 mars.

Ce mardi soir, il y avait à Cuba 48 cas de Covid-19 et les autorités changeaient de stratégie en mettant en quarantaine les touristes. De tout temps, la santé et les formations médicales ont fait partie des priorités de l’île des Caraïbes et le régime cubain l’affiche comme vitrine de réussite de sa politique socialiste. Selon son ministère de la Santé, Cuba dispose de plus de 76 000 médecins pour un peu plus de 11 millions d’habitants, de 15 000 dentistes, 89 000 infirmières et d’une faculté de médecine ouverte aux pays du sud.

Des dizaines de milliers de Latino-américains, d’Africains et d’Asiatiques vont se former à Cuba et “en même temps” Cuba a envoyé 25 000 médecins en Amérique latine, principalement au Venezuela et au Brésil, mais aussi en Afrique, au Pakistan ou à Haïti. Le chiffre de 50 000 professionnels de santé cubains en mission à l’étranger est avancé. Mais des dizaines de milliers d’entre eux ont été obligés de rentrer sur leur île, soit expulsés par les nouveaux dirigeants des pays où ils coopéreraient (en Bolivie par exemple, mais aussi Brésil), ou en raison des crises comme au Venezuela. La Havane et Caracas avaient un accord de partenariat “pétrole contre brigade de médecins” qui en raison de la dégringolade de la situation vénézuélienne n’est plus rentable.  

Une solidarité qui a un prix 

Globalement, La Havane joue cette “carte médicale” depuis 1963, date de la première “brigade médicale cubaine en mission internationale” envoyée en Algérie. Au nom de la solidarité, de l’humanisme et du socialisme, les médecins cubains opèrent aujourd’hui dans une quarantaine de pays. Ils ont acquis une expérience en situation d’urgence sanitaire notamment en matière épidémiologique. En 2014, lors de l’épidémie Ebola, Cuba a aidé 37 pays puis ses médecins ont combattu le choléra à Haïti après le tremblement de terre. Le travail des professionnels de santé cubains à l’étranger a longtemps rapporté entre 8 et 10 milliards de dollars par an à Cuba. Ce qui représentait la principale source de revenus en devises de Cuba, devant les  “remesas”, l’argent envoyés par les cubains de l’étranger et le tourisme.  

Diplomatie et rentrée d’argent

Le durcissement des sanctions américaines contre Cuba décidé par Donald Trump et son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, étrangle financièrement l’île. L’attitude américaine, hostile au Venezuela et à Cuba, entraîne d’autres pays à se mettre au diapason avec Washington et à tourner le dos au régime castriste. Les dirigeants du Brésil, de la Bolivie, de l’Equateur ont ainsi remercié les médecins cubains. Pour l’instant, l’Argentine et le Mexique n’ont pas suivi.

Cette source de rentrée d’argent qui baisse, tout comme l’argent envoyé par la diaspora cubaine restreint par les sanctions américaines, obligent Cuba à trouver des alternatives. En avançant ses atouts médicaux en Lombardie, Cuba espère des retombées diplomatiques et financières. Impossible, pour l’instant, de savoir ce que l’Italie va payer à Cuba. La Havane qui a normalisé ses relations avec l’Union européenne compte sur les pays desquels elle s’est rapprochée, comme l’Espagne et la France, pour tenter de contrebalancer la politique américaine. Paris a obtenu le vote d’adhésion des pays d’Amérique latine à la COP 21 grâce à Cuba. En contrepartie, le Club de Paris a échelonné la dette cubaine. Aujourd’hui, la France a elle aussi recours à l’aide médicale cubaine. La Havane envoie du personnel soignant en Guyane, territoire médicalement “oublié” par la métropole.  

Des médecins au service de l’Etat

Le personnel soignant cubain qui va travailler à l’étranger s’engage à mener une mission de trois ans, sans sa famille. Il risque jusqu’à trois ans de prison s’il déroge aux règles imposées. D’ailleurs, les conditions dans lesquelles travaillent ces médecins sont dénoncées par une association de défense de la démocratie basée à Madrid, Prisoners Defenders, qui parle de “milliers de Cubains forcés de participer aux missions au bénéfice du gouvernement cubain”. Et l’ONG d’ajouter “que beaucoup de médecins ont déserté”. 

Pour ceux qui rentrent à Cuba, un bon nombre se voit retirer leur passeport pour “détention d’information secrète” et généralement, le régime cubain confisque une partie du salaire des médecins. Pour autant, la majorité des médecins préfère quand même se plier à ces contraintes, au vu des contraintes et des conditions de vie à Cuba qui s’aggravent.

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